À moitié orpheline.


Ma vie d'éternelle enfant / mardi, novembre 29th, 2011

IMG_1993Oui, pour tout vous avouer, c’est exactement ce que j’ai pensé à l’annonce de la mort de mon père : « merde, maintenant je suis à moitié orpheline. » Et c’est ça que j’ai trouvé triste…

Il faut dire que je n’avais pas cherché à avoir de nouvelles de lui depuis une bonne douzaine d’années, faut dire aussi que je me suis rendue à l’évidence : je ne suis définitivement pas très « famille ».. Je préfère choisir les gens que je côtoie, plutôt que d’être forcée de les subir en faveur d’un prétendant « lien du sang »… C’est triste, surtout que ma famille, elle, est très « famille », alors je suis le vilain petit canard du lot.

Mais bref. Là je venais vous parler du géniteur…

Géniteur, c’est comme ça que je l’appelle la plupart du temps lorsque que parle de lui…

Môm est tombée amoureuse, mais très… Du genre comme elle ne le sera plus jamais !

Malheureusement, lui est tombé du même mal, or, à l’issue d’une relation passionnée (je ne sais pas duquel je tire ce trait de caractère au final), ils ont décidé d’avoir un enfant (si, si, je suis désirée, je vous jure :)).

Bon, faut dire quand même que Môm a un caractère de folie, genre une marmotte qu’on réveillerait en pleine hibernation juste pour lui annoncer que le printemps c’est le 21 mars, vous imaginez ?

Donc le grand homme (2m et des poussières) n’a pas pu résister longtemps. Ce paramètre plus sa peur panique d’assumer ses responsabilités ont fait qu’il s’est barré très très vite. (2 mois ou 2 ans après… quoi qu’il en soit je ne m’en souviens plus).

Et ainsi commença ma longue et formidable enfance. Oui, ça a été formidable… si je pouvais me rappeler de tout ça le serait d’autant plus (ma mémoire est capricieuse).

Môm a été obligée de revenir chez ses parents pour pouvoir m’élever dans des circonstances convenables, et j’ai ainsi pu profiter des petits plats de ma grand-mère, des histoires de guerre de mon grand père et de la rigueur de Môm… Le tiercé gagnant !

Bon, le côté pénible, c’est qu’à l’école, les instits, pas encore habitués eaux familles mono parentales (en 1990) m’ont quelque peu stigmatisés : « Mais elle est où ta deuxième signature ?
Euh… J’ai pas de père !
Ohhhh, ma pauvre… »
Et mes copains de répéter : « ohh ma pauvre !!! » !
Quand on vous dit que l’enfer c’est les autres…

Mais vous savez quoi ? Peu importait, je nageais dans le bonheur, je n’ai jamais souffert de cette situation, la différence c’était eux, les autres, qui la créait !!! Môm était là, Mamie était là, Pépé était là… j’en avais trois pour le prix de deux, n’est-ce pas formidable ???

Alors là c’est le moment où je dois remettre les choses dans leur contexte… Môm a été très triste, et oui, je le savais… Nous n’étions que « nous », il n’y avait pas d’hommes, ou peu… De là a découlé ma discrétion… Dans les moments critiques je savais m’effacer, car elle avait besoin de s’occuper d’elle… Alors ça n’arrivait pas souvent mais ça a marqué mon caractère : ne pas déranger, surtout…

Et puis le fantôme du père flottait : je le connaissais, il venait parfois. Il dormait là parfois… Mais pour moi ce n’était pas mon père, je ne sais pas ce que c’était, moi, un « papa »… Il n’a jamais été assidu pour aider ma mère financièrement, il ne le pouvait pas. Mais parfois il signait quelques bulletins (pour faire plaisir à la maîtresse).

Mais pour vous dire à quel point il était rare : la seule fois où il est venu me chercher à l’école, la prof a téléphoné à maman pour l’alerter qu’un inconnu voulait emmener sa fille !

Et puis j’ai grandi. Et je suis devenue une jeune fille. Une jeune qui expérimente, une qui fait des découvertes, une qui découvre ce qu’elle peut et ce qu’elle veut…

Quand j’ai eu 16 ans, je me suis lancée dans le bénévolat à la Croix-Rouge Française… J’ai fréquenté des secouristes, et j’aimais leur présence, je me sentais protégée… Une idée qui me revenait souvent c’était « s’il m’arrive quelque chose, ils sont là » et…

***

Oh, au moment où je vous écrit ça, je réalise… La vache… En fait ce blog c’est un travail sur moi, c’est dingue…Donc là je vous livre ce que je pense en temps réel

Ben oui, en fait c’est p’tet ça le rôle d’un père : être là s’il arrive quelque chose, protéger… et moi j’ai transféré ça sur les secouristes, et c’est pour ça… c’est probablement pour ça…

***

Donc oui, je continue.. Un jour de réunion familiale je surprends mon père à parler à Mamie (Môm de Môm pour ceux qui suivent) de mes relations avec les secouristes justement, et vivement les critiquer… Je ne l’ai pas supporté. Mais de qui se moque-t-il ? Pour qui se prend-t-il pour critiquer alors qu’il est absent ???? J’avais 16-17 ans. Je n’ai plus voulu le voir…

Et pour la fin je fais vite, car ce n’est pas le plus important…

10 ans après, la grand-mère maternelle me fait promettre un soir de faiblesse (après quelques bonnes bouteilles) de retourner le voir car il est malade et qu’il va mourir…

11 ans après je le vois et je n’éprouve rien… Même pas de la pitié pour cette grosseur au niveau de son abdomen… Je ne sais vraiment pas ce que je fais là. Il est encore plus inconnu qu’à l’époque.

13 ans après il est hospitalisé. Son alcoolisme a eu raison de lui.

Il est mort seul.

Seul.

Il a du appeler son voisin pour l’emmener à l’hosto…

Les cérémonies religieuses ont été menées de main de maître par ma grand-mère paternelle mais à la crémation il n’y avait que Môm, son amie et moi…

C’était un homme bien (et pour preuve, des gens ont été jusqu’à embrasser son cercueil à la première messe). Il a œuvré dans les cités, contre la délinquance, pour l’information contre le sida, il a travaillé comme un damné dans le social…

Il n’a réussi que dans le domaine professionnel, probablement pour pallier sa faiblesse personnelle, sa difficulté à s’engager… Je trouve ça extrêmement triste, mais plus pour lui…

J’aurais dû chanter… La chanson « t’étais pas là » de Romane Serda me correspond bien.

Je me serais tue aux moments qui ne me correspondaient pas, « je me souviens d’avoir pleuré bien trop souvent », par exemple ce n’est pas mon cas…

Et vous ? Qui ne pleurez-vous pas ?
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16 réponses à « À moitié orpheline. »

  1. Je ne pleure pas les inconnus mêmes connus (oh oh jeu de mot) :)
    Tu aurais pu faire signer tes bulletins par tes grand-parents aussi, ce que les gens peuvent être étriqués et étroits d’esprit…

  2. […] « Quelle est ta couleur préférée ? » a toujours été pour moi l’une de ces questions merdiques au même niveau que « tu préfères ton papa ou ta maman ? » (Bien que j’ai souvent éludé cette dernière en répondant très froidement à mes interlocuteurs :« ben ma mère parce que mon père, lui, il est mort » alors que ce n’était même pas encore vrai). […]

  3. Ouf, sacré histoire!
    je comprends que l’on puisse être « étranger » de sa propre famille…

    J’ai eu le contraste entre mes grands parents maternels, qui m’ont quasi élevés, et les paternels, qui n’avaient d’yeux que pour mes cousins, et qui nous ont négligés toute leur vie…

    Mes grands parents maternels sont tous les deux décédés et il n’y a pas une seule journée où je ne pense pas à eux!
    En revanche, je ne pense pas trop, voir presque jamais, à mon grand père paternel…

    Quand à ma dernière grand mère, encore en vie, je ne vais la voir que pour le plaisir du Père… histoire de m’éviter des gueulantes! De la visite diplomatique quoi!

Répondre à #2014projet52 #paternel | Blog Agoaye Annuler la réponse

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