Alors c’est ça ?


Ma vie de grande malade / lundi, décembre 7th, 2020

Minuit vingt-quatre… Ce soir je me couchais tôt.

Finalement j’ai traîné, retenue par pas grand chose sinon le désir de me sentir encore un peu vivante.
En ce moment ce n’est pas la grande joie…

Il y a moins d’une semaine, j’ai fait un grand écart vers la famille de mon géniteur, celui-là même que j’ai enterré il y a 11 ans.
Cela faisait donc une décennie que je n’avais pas vu les gens de son univers.
Ces gens qui, la semaine dernière, m’ont reconnue, m’ont nommée et ont donné à mon père un nom que je ne lui ai jamais connu : Charly.

Pour moi, mon père il s’appelait Charles… Charly c’est leur frère, leur cousin, leur ami… ce n’est pas celui que j’ai connu. D’ailleurs lorsque nous avons confronté nos versions de l’homme, elles divergeaient drôlement.
Leur Charly était un peu casse cou, il laissait des voitures aux moteurs explosés sur le bord des routes, il était bon camarade, proche de sa famille (ascendante, du coup), pince sans rire.
Mon Charles était parti à mes deux mois, il revenait quand il voulait, se permettait des jugements, buvait et avait le genre de vie que j’ai toujours estimé ne souhaiter à personne.

J’ai failli dire à mon meilleur ami il y a peu de temps que j’avais un problème avec l’alcool, mais ç’aurait été déplacé, parce que finalement je ne suis pas sûre de ça.
Contrairement à mon géniteur, à ma tante, à Julie, je ne crois pas être de nature à avoir tendance à l’addiction.

N’empêche que mes jours sans alcool, je les note sur mon agenda, et j’essaie de les cumuler comme un challenge.
Et ces jours-ci c’est très difficile d’avoir un score.

Je bois le soir.
Avant de manger, puis en mangeant.
J’ai un peu la sensation d’être moins isolée, de faire partie d’un tout. Je sais que c’est un leurre et que je ne suis que moi dans mon petit appartement avec mon chat qui me regarde en se demandant pourquoi je lui parle autant…

Alors je me dis que c’est peut-être pour ça que mon géniteur buvait… Il était seul aussi. Et il buvait seul.
Est-ce que c’était ça qu’il ressentait lorsqu’il le faisait ? Est-ce qu’il s’inventait un monde autour de lui qui l’aimait et est-ce qu’il oubliait ainsi la pauvre vie qu’il menait, misérable, sans amour, avec juste son voisin qui sera disponible le jour où il se sentira tellement mal qu’il faudra l’emmener à l’hôpital pour mourir ?

07 décembre. Confinement. Isolement. Dépression saisonnière.
Je ne cumule pas 3 jours sans boire en ce moment. Pas beaucoup, pas de quoi me mettre la tête à l’envers… Je peux encore écrire ce billet sans le relire et sans faire trop de coquilles (j’ose espérer). Mais je m’évade un peu, un jour sur deux, je me plais à croire que j’ai ma place (l’alcool m’a toujours fait ça) et que ma vie n’est pas vaine…

Je ne pense pas que ce soit bien grave. Je pense que demain, si je prenais la décision, ou s’il m’arrivait quelque chose, je pourrais décider de stopper, et puis de ne plus boire qu’épisodiquement. Je ne suis pas si accro.
Je n’ai jamais été si accro… à rien !
J’ai fumé près de 20 ans, et maintenant si je fume trop je m’étouffe pendant la nuit, trop asthmatique ! Alors j’ai arrêté. Avec un paquet sur moi, toujours, au cas-où, pour ne pas me sentir coincée. Et puis je refume, une ou deux, de temps en temps, je ne suis pas une intégriste de l’abstinence. Ça ne me donne pas pour autant l’envie de redevenir régulière.

Donc je pourrais cesser de boire seule, même avec un cubi au frigo… Je pourrais me dire que ça n’en vaut plus la peine, que finalement je dors bien mieux après une soirée à l’eau.
Je n’en suis pas là. Et je touche malgré moi du doigt la réalité du géniteur… C’était pour ça ? Est-ce mon chemin aussi ?

Minuit quarante-sept… Et en plus je vais prendre un somnifère… Sinon je n’arriverai jamais à cesser de penser.

5 réponses à « Alors c’est ça ? »

  1. Je n’ai pas de mots assez forts pour te dire à quel point cette lecture me laisse triste. L’important étant quand même que l’écriture reste un exutoire. Et je te le redis, parce que j’en suis convaincue, ta vie n’est pas vaine, il y a plein de moments ou tu apportes du bonheur aux gens , par tes mots, par ce que tu nous partages, par l’attention que tu portes à tes élèves, par de petits gestes inattendus (je me rappelle du petit colis réconfortant reçu quand je me suis retrouvée virée de mon boulot). Tu es importante pour moi. Je fais partie de ma vie. Je t’aime.

  2. Oh, en dépit du virtuel et des gestes barrières, j’ai très envie de te serrer dans mes bras.
    Ce n’est que mon avis, mais je ne crois pas à l’hérédité des addictions. Après, je sais que ça peut nous travailler. Ma mère était alcoolique et je passe régulièrement des périodes sans boire pour me prouver que j’en suis capable.
    Avec le confinement, je crois que tout le monde a tendance à forcer sur l’apéro. Davantage pendant ce second confinement d’ailleurs, l’hiver et le bis repetita aidant… On ne peut quasiment rien faire de ce qui nous permettait de traverser les moments difficiles avant… Perso, quand j’en ai vraiment marre, je me répète « ce moment aussi va passer » et « chaque nuage, si noir soit-il, a une face éclairée par le soleil ». C’est cruchon mais ça m’aide à me dire qu’un jour tout ça sera loin derrière nous. Et les blessures d’enfance aussi.

  3. Bon.. Le rapport à l’alcool, moi j’ai un soucis… Famille d’alcoolique. Alors moi j’ai peut de ce breuvage. Je ne bois jamais je n’aime pas et je n’ai pas envie de toute façon… Mais sans preuve scientifique, dans mon entourage on dit que c’est héréditaire… Alors je veillerais mes enfants à ce sujet, car j’ai vraiment pas un bon rapport avec l’alcool… Mon papa a eu les tripes de s’en sortir, c’est un héros.
    Je ne te juges cependant pas du tout, tu as apparemment du recul et c’est ce qu’il faut… Moi je te dirais juste, attention quand même…
    Je t’envoie plein de bisous (sans covid promis) pour cette période un peu difficile pour toi, c’est vrai qu’avec le merdier qu’il y a , on a pas forcément la joie dans le coeur et le tête en ce moment…

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