Ce qu’on recule car on redoute.

sautJe ne sais pas si vous êtes pareils que moi mais bien souvent l’adage « reculer pour mieux sauter » me correspond parfaitement.
(non, je ne parle pas de ma vie sexuelle).

Sauf que chez moi, il revêt une signification toute personnelle qui ne convient manifestement pas trop trop à la définition qu’on lui accorde dans le langage courant.
(ma spécialité : détourner des expressions populaires)

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Selon « Expressionsfrancaises.fr » voici sa définition :

Signification : Attendre, temporiser pour avoir plus de chances de réussir.

Origine : Expression française dont les origines remontent au milieu du XVIème siècle mais a existé bien avant au XIIIème siècle sous la forme « reculer pour le plus loin saillir » pour devenir à partir du XVème siècle reculer pour mieux saillir. Elle nous viendrait dit-on du milieu du sport et se baserait sur l’élan du sauteur pour exprimer à la fois l’idée de retarder une décision inévitable et chercher à échapper à un inconvénient.

Exemple d’utilisation : Or, cela s’est fait en deux temps. D’abord, marche arrière, retour à Rennes, remise de mes pas dans leurs traces enfantines, adolescentes, etc. Cela s’appelle reculer pour mieux sauter. (M. Tournier : Les Météores)

Selon Agoaye, c’est plutôt ça :

Reculer pour mieux sauter
Refuser de voir, d’apprendre ou d’être témoin de quelque chose afin de se préserver d’émotions telles que souffrance, colère ou mépris.
Synonyme : faire l’autruche !

En effet, je me rends compte qu’il s’agit de quelque chose d’assez fréquent chez moi !
Lorsque j’attends une réponse à quelque chose qui va compter pour moi, ou une réaction ou même des résultats quelconques, je suis généralement tellement pessimiste quant au résultat que je préfère encore ne pas savoir.

C’est assez étrange car j’ai toujours été quelqu’un qui assume énormément et qui n’a que rarement peur des affrontements frontaux.
Je suis l’un des rares professeur des écoles (parmi ceux que je connais) qui se fout royalement de l’inspecteur et de la hiérarchie. Je bosse bien, je respecte ses ordres et ses conseils (ouais, c’est souvent les mêmes) mais je n’ai pas une trouille bleue de l’inspection à m’en rendre malade 2 semaines avant !
Même topo pour le cul les relations amoureuses : je préfère mille fois annoncer la couleur et demander si la réciproque est envisageable plutôt que de lambiner dans un simili-espoir-romantico-éperdu digne de la plus naïve des princesses Disney !!!

Mais il y a un mais….
Mais lorsque je suis seule face à la chose qui me tourmente, lorsque ne dépend que de ma petite personne le fait d’être enfin fixée ou non, eh bien parfois j’avoue que je rechigne à être sûre.

C’est ça que j’appelle « reculer pour mieux sauter »… Je recule finalement car le saut je me l’imagine comme une putain de chute dans un vide immense duquel on ne revient pas !
Je me dis que finalement mon incertitude (couplée à l’illusion du « nan mais de toutes façons je m’en fous » -parce qu’en réalité je n’y réfléchirais pas autant si je m’en foutais pour de bon, soyons francs- ), avec un soupçon de naïveté préservée vaut mieux, bien mieux que la situation désagréable qui arriverait si éventuellement l’objet de mon attente ne correspondrait pas tout à fait à mes désirs.

Tordu hein ?

Prenons un exemple concret.
J’envoie un message à ce chevelu sur AuM qui me fascine tellement pour les raisons suivantes :1- il est chevelu
2- il est baroudeur et désinvolte
3- j’avais déjà vu une photo de lui sur un blog de voyage il y a deux ans et j’étais tombée immédiatement et éperdument amoureuse (cf raisons 1 & 2)
4- on a un ami en commun, donc c’est un signe (et une super coïncidence qui me donne un prétexte en béton pour l’aborder)

Mon message est court, léger mais intelligent, reflète toute ma formidabilité et se finit par une question ouverte appelant une réponse de sa part (le message parfait en somme).
Je n’hésite pas un instant au moment de cliquer pour l’envoyer, non non non, je ne le relis même pas !
Mais une fois la missive partie, je me déconnecte bien vite du site rose et noir et je m’applique bien à ne pas y retourner pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours !
Autruche-power !

Parce que j’ai peur qu’il ne me réponde pas. Ou pire qu’il me réponde un truc nul et qu’il soit ainsi propulsé au bas de son piédestal.
Du coup j’enfouis ma curiosité au fond du jardin et je vaque à des milliards d’autres choses dans le but d’oublier mon attente.
Lorsqu’enfin je n’y pense plus, que je suis sereine et que je revois le petit logo d’Adopte dans mes favoris, j’ai une petite pensée nonchalante du genre « tiens, on va voir s’il m’a répondu le petit brun » et j’y vais.
Je suis agréablement surprise si c’est le cas et je ne suis pas déçue si je n’ai rien car je m’étais déjà, par cette gymnastique, entraînée à l’oublier !

Je pense que cette façon de faire s’est imposée à moi au fur et à mesure de toutes les déconvenues dont j’ai été victime. Je ne sais pas prendre les choses avec légerté, je ne sais pas lâcher-prise. Du coup c’est ainsi que j’essaye et ma méthode n’est clairement pas naturelle, je m’en rends compte.

Mais il est également possible que je choisisse de faire ça pour me préserver. Je sais maintenant que mes humeurs sont très changeantes (quand j’étais plus jeune je prenais ça pour de la cyclothymie) et qu’un pet de mouche peut malheureusement me faire sombrer vers d’abyssales désillusions. Du coup je me dis que je vais attendre de découvrir cette chose que je redoute tant à un moment où elle me fera le moins mal, si je suis heureuse par exemple (ou bourrée, c’est plus fréquent !)

Présentement j’ai un message sur le feu.
Un truc que je refuse de lire parce que j’imagine qu’il va me mettre dans une colère folle.
Parce qu’il s’agit d’une réponse à une pique que j’ai envoyée publiquement à un homme médiocre et méprisable. Quelle que soit sa réponse je sens qu’elle va m’énerver. Et là j’ai pas envie d’être énervée !

Présentement j’ai une écoute d’album sur le feu.
Renaud pour ne rien vous cacher. Parce que je pleure déjà de tout ce que j’ai entendu jusqu’ici de sa dernière soupe création, mais que je voudrais écrire un billet, mais que je me refuse de le faire sans avoir tout entendu (pour un avis global et éclairé). Mais j’ai mal et j’ai peur d’avoir encore plus mal !

Présentement j’ai un billet sur le feu.
Un autre brûlot (mot que j’ai appris de Renaud, le vrai, celui d’avant…). Un billet que je voudrais rédiger au sujet de cette prime de 800 faramineux euros que l’état accorde dans sa majestueuse bonté aux pourtant-déjà-nantis-professeurs-des-écoles. Parce que ça m’a coûté une blogo-copine cette histoire et que je trouve ça con parce que je l’aimais bien :/ Mais je sais dans quel état passionné sa rédaction va me plonger et en ce moment je n’ai plus trop le cœur à être passionnée d’autre chose que de mes nuits de sommeil.

Du coup je recule…
Jusqu’au jour où je me déciderai à sauter…

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush…
Dans notre monde, la réalité est bien différente !

4 Comments

  • MonoCroc

    9 mai 2016 at 12 h 24 min Répondre

    J’aimes les affrontements frontaux; je me défends bien à ce jeu-là.
    Néanmoins la définition Agoaye de « reculer pour mieux sauter » pourrait complètement, totalement, carrément, être la mienne. J’attendais justement une réponse à un mail envoyé il y a quelques jours. Un truc super important, qui va déterminer la suite des évènements -mon déménagement, ma nouvelle vie.
    Mais foudroyée par la peur, je ne me suis pas connectée à ma boîte mail pendant des jours en réalisant exactement la même gymnastique de l’autruche: je me suis perdue dans le boulot, dans les révisions.
    Puis ce matin j’ai pris mon courage à deux mains & suis allée voir en me disant que j’étais prête à vivre la désillusion.
    (Bon, finalement c’était pas LA réponse que j’attendais, mais préparée au pire depuis des jours, je ne suis pas déçue & prête à trouver d’autres solutions ! Finalement la technique n’est pas si mal. En tout cas dans le cas présent, ça me rend plus inventive & débrouillarde hé hé !)

  • marie kléber

    9 mai 2016 at 13 h 05 min Répondre

    C’est en effet possible que ce soit une façon de te protéger. Parfois on en a besoin. Pour ma part, je ne me protège de rien, mais de rien. Je saute même quand il aurait fallut reculer!!
    Au final je me dis « on est comme on est et on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a ». C’est mon nouveau crédo!! Parce qu’il faut s’aimer il parait…

  • Petite ombre

    11 mai 2016 at 10 h 52 min Répondre

    bon bah on attend que tu sautes alors !!!
    Sinon, je crois qu’on le fait tous pour au moins une chose dans notre vie !!!

  • Trenty

    11 mai 2016 at 12 h 28 min Répondre

    Vas falloir te décider à sauter quand même.
    En plus ça détend.
    Euh, je ne suis pas sûr de parler de la bonne chose,là :)

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