Cher Monsieur le Critique


Ma vie d'écrivain / mardi, novembre 19th, 2019

Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi mais nous nous sommes rencontrés super vite l’année dernière.

Je m’appelle Ago et j’ai 39 ans et demi tout pile. Je suis une grande fille et j’ai toutes mes dents sauf une de sagesse que j’ai été obligée de me faire arracher parce qu’elle allait glisser vers le bas mais ma maman m’a dit que ça comptait pas parce que c’était une dent facultative…

Comme j’aime bien écrire des trucs que je range dans mes cahiers secrets ou que je mets sur mon blog tout rose où que des inconnus me lisent, je me suis dit que peut-être que cette fois je pourrais écrire pour être lue par des autres gens, qui me verraient en vrai et qu’on pourrait causer ensemble des machins que j’aurais inventés dans mon texte.

C’est pour ça que j’ai fait ce concours à la bibliothèque, j’ai juste voulu jouer, j’ai pas voulu forcément une gloire internationale avec du champagne et des confettis lancés par une jolie dame en bikini doré.
On devait écrire une nouvelle, j’ai écrit une nouvelle, puis je l’ai envoyée et puis j’ai oublié le truc.

Tu sais quoi ? On pouvait la partager sur les réseaux sociaux et faire voter tous nos amis de chacun de leurs ordinateurs, et puis celui qui avait le plus de voix il aurait gagné un truc… Ben moi j’ai même pas voulu trop faire ça, je me suis dit que ça faisait un peu comme les madames qui balancent leur sac à main sur les trottoirs dans les villes bof et que j’aurais trop honte pour demander aux gens qui me connaissent de cliquer pour prouver qu’ils m’aiment.

Ma maman elle l’a fait un peu, elle a demandé aux gens qui la connaissent de me soutenir en votant, mais je suis même pas sûre que les gens ils ont lus. Même maman elle a pas lu. Je la connais maman. Pour qu’elle perde son temps avec les trucs, il faut qu’elle soit sûre que ça en vaille la peine. Et ce que je fais moi, elle est pas tout le temps sûre.

Si je l’avais fait j’aurais pu gagner, parce que j’en ai plein des gentils gens qui m’aiment sur mon blog. J’ai des cadeaux même parfois, je reçois des choses sans trop comprendre pourquoi on m’offre des machins si on me connait pas, parce que les gens ils ne savent pas pour de vrai comment je suis dans la vie, si ça se trouve en vrai je suis une vraie conasse (pardon pour les gros mots), mais eux ils croivent que non ! Bref…

Le jour de la remise des prix à la bibliothèque, tu étais déjà là quand je suis arrivée et même que le bibliothécaire il m’a appelé par mon prénom alors que je ne me souvenais pas que je lui avais dit comment je m’appelais. Enfin j’étais un peu déboussolée parce que mes mamans n’étaient pas encore arrivées (elles ne marchaient pas vite car elle se disputaient à cause d’une histoire que j’ai pas bien compris) et je n’ai pas fait trop attention à toi. Mais tu ressemblais un peu au cuisinier qui se balade toujours avec un chapeau noir et des lunettes ovales, sauf que t’avais pas de chapeau et une veste trop grande.

A un moment, ils ont remis les prix, mes mamans étaient arrivées. Et je ne savais pas qu’il y avait trois prix : celui des votes mais aussi un prix de la critique (un monsieur qui a l’air de s’y connaître puisqu’on dit de lui que c’est un critique, et qui est très occupé à donner un autre prix au même moment, du coup il a fait une vidéo) et le prix des bibliothécaires.

J’ai été super étonné quand le critique il a dit que c’était moi qui avait gagné, il a dit aussi que c’était brillant, bien écrit et qu’il avait beaucoup aimé la fin. Alors j’étais toute contente, et gênée aussi, parce que si ce gars-là, qui dit qu’il est critique, trouve que ce que je fais c’est bien, alors il ne dit pas ça juste parce qu’il m’aime bien ou qu’il me trouve jolie vu qu’il est en vidéo et qu’il ne sait pas à quoi je ressemble…
J’ai été chercher mon dictionnaire cadeau et mes chocolats cadeaux et je devais être super rouge. T’as été obligé de m’applaudir.

Et puis après, c’était le prix des bibliothécaires. Et quand ils ont donné mon titre de nouvelle une seconde fois, j’ai cru qu’ils s’étaient trompé de ligne et qu’ils relisaient la même chose qu’au début… Mais non en fait, ils se sont même excusés du deuxième dico et des deuxièmes choco parce qu’ils n’avaient pas prévu que ce soit la même gagnante.
J’étais peut-être rouge-bordeau-cramoisie à ce moment-là, et ma maman a commencé à se dire qu’il faudrait p’tet qu’elle lise cette fameuse nouvelle.
Tu as re-applaudi

Pour le prix de celui qui avait le plus de vote, j’avais envie de m’enterrer sous le tapis de la bibliothèque, je croisais mes doigts dans ma tête super fort pour ne pas le gagner celui-là aussi. Pas parce que je voulais pas un troisième dictionnaire ou des troisièmes chocolats (on a jamais trop de chocolats hein ?) mais parce que je me sentirais vraiment mal par rapport aux autres gens qui avaient écrit d’autres nouvelles ! Parce qu’il y en avait d’autres des gens hein, dont toi d’ailleurs, j’étais pas la seule !!!

Quand ils t’ont appelé toi pour ce prix-là, j’étais trop contente. P’tet j’étais égoïste, je me suis dit que j’étais sauvée d’un surplus de félicitations trop soudain et complétement pas normal. Mais je me suis dit aussi que p’tet que tu le méritais et que les gens sur tous les réseaux sociaux avaient applaudit ta nouvelle qui devait être formidable.
Et puis tu as avoué avoir envoyé le lien à des dizaines de personnes qui l’ont envoyé à d’autres dizaines de personnes, que les votes ils sont venus de tout plein de pays parce que t’as tout plein d’amis et que tu es content d’avoir ce prix grâce à eux.
J’ai trouvé ça un peu bête… Moi si j’avais été la chouchoute publique, je m’en serais pas vantée. Mais c’est pas grave.

Après on a lu nos textes (ma maman a été contente, ça lui a fait économiser du temps), et on a discuté entre nous en buvant de l’oasis tropical et en mangeant des bretzels secs et un gâteau au chocolat fait maison par le bibliothécaire.
Il y a tout plein de gens qui sont venus me voir pour me dire qu’ils avaient beaucoup aimé et qu’ils pensaient que j’avais mérité mes dictionnaires et mes chocolats. Je ne savais plus trop comment dire merci autrement à force. y’a même une dame qui m’a demandé de lui expliquer la fin parce qu’elle avait pas trop trop compris qui avait tué mon héroïne. Et puis toi t’es venu avec tes petites lunettes et une miette de gâteau au bord des lèvres pour me parler d’un ton super gentil mais avec des mots pas trop trop sympas.

Tu m’as dit que ma nouvelle ressemblait quand même beaucoup à une autre nouvelle très connue qu’il avait lu il y a longtemps. J’ai dit que je savais pas, que oui je l’avais déjà lue mais que ça faisait tellement de temps que je me souvenais plus trop trop et qu’il faudrait que je réessaye pour savoir.
T’as pas eu l’air très content de ma réponse, tu voulais p’tet que je t’engueule ? Après tout tu m’as accusé de copier là, non ?

Après tu as voulu faire une explication de texte comme à l’école. De MON texte. Tu m’as dit que la fin était bien mais qu’il y avait beaucoup trop de descriptions au début et qu’elles n’avaient aucune utilité.
Bah… Les descriptions c’était tout ce que j’ai mis de moi dedans mon histoire, j’ai parlé du passé en utilisant ma vie et puis après j’ai imaginé de futur. Tu voulais que je fasse quoi pour planter le décor ? Moi je trouve qu’elles sont utiles mes descriptions…

Mais comme j’étais un peu étourdie par toutes les autres jolies choses que j’avais entendues juste avant, je n’ai pas pensé à te répondre et je t’ai laissé salir ma journée de triomphe avec ta petite salive acide de jaloux.

Qui es-tu, Monsieur le Critique, pour me juger si sévèrement ? On se connait pas et tu viens me descendre tout doucement au moment où j’ai l’impression d’être bonne à quelque chose ? Au printemps tu es du genre à piétiner les crocus toi, non ?
Tu as mis un mauvais goût à ma journée et à mes chocolats que je n’avais déjà pas l’impression de mériter, qu’est-ce que ça t’a apporté ?

Aujourd’hui, parce que je dois faire cette lettre, je me rends compte de tes paroles et de l’effet qu’elles ont eu sur moi.
Et pour essayer un peu de me réconforter après ça j’ai qu’une chose à te dire aujourd’hui :

D’abord : c’est celui qui dit qui y est !!!

Ce texte a été écrit pour le programme « libérez votre créativité » de Julia Cameron. La consigne était la suivante : Écrire une lettre (style enfantin) pour se défendre de ces précédentes accusations.

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6 réponses à « Cher Monsieur le Critique »

  1. Bouh le jaloux… Ou le critique facile… Franchement pas trop classe comme attitude, mais il y a des gens comme ça.

    Je suis désolée que cette personne t’ait blessée et un peu gâché ce joli moment… Tu le mérites pourtant — le dico et les chocolats OK mais surtout cette belle reconnaissance !

    Kiss :)

  2. Bonjour,

    Je ne suis jamais intervenue mais je lis avec assiduité tout ce que tu écris sur ce blog (d’ailleurs j’étais un peu désespérée de ne plus rien y voir depuis quelques temps) mais là je trouve vraiment ses commentaires inappropriés ; j’adore ce que tu écris toujours dans un français impeccable, avec humour et une très grande sensibilité. Je n’ai pas lu ta nouvelle (à vrai dire je ne sais pas où la trouver, je ne suis pas très doué avec les réseaux sociaux) mais je reste convaincu qu’elle est de la même trempe que ton blog et deux prix sur trois ce n’est pas par hasard et ce ne sont que des clics sur un ordinateur.
    Ne doute surtout pas
    A bientôt de te lire j’espère
    (si tu peux mettre le lien pour que je lise ta nouvelle)

  3. Mon coeur a fait un petit bond quand j’ai vu qu’il y avait un nouveau billet :)
    J’ai tellement envie de lire cette nouvelle maintenant !!! Et merci pour la phrase « au printemps tu es du genre à piétiner les crocus » , ça s’applique tellement à certaines personnes !

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