Être normale…


Ma vie d'associale, Ma vie en général / vendredi, juillet 30th, 2021

Ici, je vis. J’ai des amis et je suis bien.

Ici, lorsque je sors, je rencontre de nouveaux gens et je les aime bien, ou pas… et parfois ils ne font que passer, et parfois ils me font bonne impression, ou parfois j’en ai juste rien à foutre…

Lui, R. , je l’ai « reconnu »… ça ne me fait pas ça souvent. Il prenait le café avec mes amis et je l’ai connu comme ça. Et puis malgré le fait que je ne l’avais jamais vu avant, malgré notre différence d’âge, malgré nos différences d’opinions (sur les films, sur l’humour, sur le « paranormal »…), ben je lui ai fait confiance, et y’a un truc qui s’est instauré très vite… une complicité que tout le monde remarquait, une façon de se regarder, et puis, récemment, des gestes, des allusions…

J’aime beaucoup R. Il me sécurise, il me fait rire, je suis fière de le connaître. Je sais que c’est un mec bien, un vrai gentil, quelqu’un sur qui je peux compter… Du coup je l’ai rangé dans la case « amis », et je n’hésite pas à l’appeler, je ne me retiens pas, je lui raconte les trucs qu’il a loupé ou les rêves que je fais de lui…

Et puis ce soir, après une excellente soirée qui aurait dû s’arrêter après le dîner, R. a insisté pour un dernier verre en terrasse (super, il ne pleuvait plus). Et puis on a discuté…. et une chose en entraînant une autre, je ne sais pas ce qui m’a pris.

J’ai dit à R. que je l’aimais bien… et toutes ces choses que vous venez de lire…

Je lui ai dit qu’il comptait, et que je le considérais comme un ami…

Il a été gêné… il a voulu savoir s’il y avait des sous-entendus dans mes paroles. J’ai été paumée, je lui ai dit que non (mais bon, j’ai pris le temps de réfléchir quand même), je lui ai dit qu’il me semblait important, que je sentais qu’il ferait très prochainement partie des gens qui étaient de vrais amis, comme Truc et comme Bidule par exemple (je lui ai cité ceux qu’il connaissait)

Sans se départir de sa gentillesse et de son tact, il m’a expliqué que ce n’était pas réciproque… que j’allais trop vite… que pour lui c’était une relation normale… qu’il était flatté, merci, mais que pour lui, ce n’était pas la même chose.

Je me suis sentie rejetée comme si j’avais eu un refus à la demande en mariage de ma life. Je me suis sentie ordinaire, la complicité que j’avais cru déceler n’était que politesse. Ces regards, cette compréhension… tout ce que je pensais partagé n’était finalement que mon fantasme ? Une illusion de fille seule qui un jour trouve quelqu’un à qui parler ? Honte. Immense gêne…

Aussitôt, l’orgueil a pris le contrôle. Autodéfense activée. Outre le fait que je me sens comme une connasse à qui on a fait 30 fois la leçon et qui recommence toujours les mêmes erreurs, il a fallu que je me préserve. Et les larmes qui commençaient à poindre au bord de mes yeux à la terrasse du bistrot ont vite été refoulées, et remplacées par une froideur polie, convenue, et enfin acceptable pour les gens « normaux ».

« Je te raccompagne ? » Non, merci. Ça va aller.

« Je suis désolé » Non, c’est moi… pardon de t’avoir fait peur.

« Rho, viens-là que je te fasse un câlin » Et il a enlacé un bloc de granit…

Ce soir je chiale un peu, car encore une fois je me suis fourvoyée. Encore une fois je pensais que dire la vérité était acceptable. Encore une fois j’ai été trop vite et j’ai fait peur… et même s’il ne s’agit pas d’amour, de fidélité, de 5 gamins et d’un monospace, bah j’ai parlé sentiments, et pour les gens normaux, les sentiments c’est pas quelque chose dont il faut parler…

Je ne saurai jamais faire.

Je n’apprendrai jamais..

6 réponses à « Être normale… »

  1. Je suis quand même assez surprise de sa réaction , quand tu entres en interaction avec quelqu’un, quand tu partage des moments, il se crée forcément un lien, et ce qui lors d’une première rencontre est un échange de politesses, quand les rencontres se répètent, voire s’individualisent, la « norme » puisque c’est ça dont tu parles c’est que tu crées une relation personnalisée … enfin , moi dans ma vie normale, c’est comme cela que ça se passe … je t’embrasse

  2. Aïe… :( ça fait mal oui, quand on vit les choses avec plus d’intensité que la plupart des gens et que les autres ne comprennent pas ou que ça leur fait peur…

    Tu es loin d’être seule dans ce cas et cette différence de regard est aussi ce qui fait les êtres intéressants, voire exceptionnels… mais être exceptionnel c’est aussi être en marge et à assumer, ça peut être lourd…

    Reste toi, même quand ça fait mal. Je t’embrasse.

  3. Il faut se donner du temps pour vivre une véritable relation. Reste patiente et confiante en toi surtout. Il faut rester sincère avec l’autre. Il n’y a pas de « norme ». Les belles relations se font souvent dans la simplicité. Pas besoin de se torturer l’esprit. Profite de ces vacances pour faire le point sur tes véritables relations.

  4. Peut-être que tu trouveras que ça n’a rien à voir mais ça me fait penser à ça donc je vais le dire quand même : quand j’étais au collège j’avais tendance à tout de suite m’accrocher à mes nouvelles amies, à imaginer qu’on était ou pourrait être proches, et quand je réalisais que ce n’était pas partagé (voire pire : que j’étais juste un bouche-trou) j’étais vraiment très triste et mal… Du coup je comprends ce que tu as pu ressentir ! C’est toujours compliqué l’inégalité dans le rapport à la relation, dire qu’on est « amis » alors qu’en face la personne te considère comme une « pote ». Mais je pense que, même s’il y a peut-être un petit travail sur nous à faire (parce que peut-être effectivement qu’un sentiment de solitude peut créer ou favoriser le fait de se jeter dans une relation et de la voir comme très importante alors que ce n’est pas le cas de l’autre) c’est super important de rester soi-même et fidèle à qui on est !

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