Je ne suis donc pas la seule…


Ma vie de prof des écoles / mardi, mai 5th, 2015

gravureLa phase que je viens de traverser ressemblait bien à une dépression, mais j’avoue m’être demandée aussi si par hasard ça ne pouvait pas s’agir aussi d’un petit burn-out.

Ben oui, parce qu’il faut dire que j’avais durcit le ton à l’école en m’apercevant que j’étais titulaire d’une classe de petits « sauvages » comme on les appelait dehors. Alors après 2 ou 3 prises de hontes en public à chaque fois qu’on sortait de l’école, je me suis quand même assez énervé et j’ai tapé des poings sur la table.


Bref, pour appeler un chat un chat, mon ambiance de classe me semblait tout à fait merdique.

Même si je continuais à me donner à fond et à aimer ce que je faisais, je me rendais de plus en plus compte que finalement, face à moi, sur 30 élèves, y’en a 10 qui se foutaient de ma gueule, 10 qui comprenaient rien car ils étaient complètement largués et 10 qui en tiraient tous les bénéfices, appliqués et chaleureux.
Super !

Et puis avec une ambiance comme celle-là, je peux vous dire que pour le coup, un tyran dans une école de djihadistes semblerait bien plus psychologiquement bienveillant que moi ! Je passais mes journées à hurler, à ramasser les cahiers de liaison et à rencontrer les parents.

Savez-vous que les professeurs des écoles ont un « quota » d’heures destinées au rendez-vous parents ? 24 heures !!
(Bon, dans ces 24 heures s’ajoutent les heures d’équipe péda ou de liaison de cycle).

Savez-vous combien d’heures j’ai passé avec les parents ? Au moins le quadruple…. Facile !

Mais même avec tout ceci, j’ai continué à me dire que ça venait sans doute de moi, que j’étais trop obtue, trop rigide, trop sévère, pas assez laxiste (alors que putain les autres années je ne me suis même pas posé ce genre de questions car ça ne se passait pas ainsi et pourtant j’avais pas changé). Je me suis donc résignée à terminer mon année dans le même esprit merdique, parce que de toutes façons manifestement c’est moi qui induisait ça.

Et puis j’ai été absente (ça vous savez), et puis j’y suis retournée ce matin, et puis j’ai eu la chance de croiser mon remplaçant, et là : confirmation ultime.

Il m’a dit qu’il avait trouvé la classe très pénible, qu’il n’y avait pas un jour sans cris, qu’il a eu un mal fou à les faire entrer dans les apprentissages et qu’il ne regrettait pas que je sois revenue.

Il m’a raconté des exemples de moments passés, et même avant qu’il me nomme les élèves, je savais quel était le nom qu’il allait sortir: toujours les mêmes, avec toujours la même mesquinerie et les mêmes petits coups en douce…
Les élèves les plus « difficiles » (ceux dans la violence ou avec un rapport conflictuel à l’adulte) ne sont pas ceux qui nous fatiguent le plus, non, les pires sont les gueules d’ange à cervelle de démon.

J’en ai un qui ment pour faire croire à une terrible injustice juste pour obtenir ce qu’il désire.
J’en ai une qui se prend pour une princesse, qui croit tout savoir et dont le second prénom est « délation ».
J’en ai un qui manipule les autres pour leur faire faire les pires conneries juste pour qu’ils soient punis parce que ça l’amuse beaucoup.
J’en ai une qui se moque de tout ce qui bouge, surtout si c’est gros, petit, noir, roux, mauvais en maths, sale ou lent.
J’en ai un qui comprend très bien mais qui fait genre que non juste pour faire répéter histoire de faire perdre du temps pour ne pas faire son boulot.
Et j’en ai plein d’autres bien tordus et cruels aussi dont je n’ai même pas envie de parler ici.

M’enfin en tout cas, aujourd’hui j’ai eu la confirmation que toutes ces impressions ne venaient pas que de moi, que je n’étais pas en train de me plaindre sans raison et qu’effectivement, j’ai une classe à la con !

Donc là, présentement, en cet honorable jour du 5 mai de l’an 2015, je fais le serment d’arrêter de me prendre la tête. Voilà !

Il reste deux mois de classe, soit très exactement 35 jours et demi, les deux tiers de la classe vont se barrer au bout de 25 jours et nous sommes déjà en train d’informer les familles des passages en classe supérieure…
Donc je dis fuck, voilà !

Je vais me préserver, je vais ménager mes efforts et ce qu’il me reste de l’amour du métier et ne pas dépenser toutes mes cartouches pour ces élèves qui ne le méritent pas. Je vais déjà arrêter de m’obstiner à vouloir finir le programme (oui oui, j’essayais toujours), et puis je vais lâcher un peu la pression par des activités plus ludiques.
On va faire de l’initiation aux premiers secours, de l’art pla, p’tet même de l’athlétisme, et puis je vais leur faire faire des exposés, mais ceux qui m’auront gonflé seront tout simplement bannis de toutes ces activités fun !

Je vais aussi arrêter de leur faire des leçons personnalisées et torchées au poil de cul de virgule près, ça va être la fête aux photocopies et puis c’est tout !

A élèves pénibles, maitresse feignante ! non ?

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58 réponses à « Je ne suis donc pas la seule… »

  1. 1/3 des élèves irrécupérables et donc triple fessée à la maîtresse si elle se donne globalement à plus de 66,66666% pour cette classe

  2. Exactement ce qu’il faut faire ! C’est si facile à dire, si compliqué à mettre en oeuvre… Bon courage pour ces 35 derniers jours, je te souhaite de ne plus les recroiser ces petits démons.

  3. Courage en tout cas ! parce que souvent (je parle en connaissance de cause) c’est plus facile de dire qu’on va lâcher prise que de le faire réellement… gros bisous ma belle :)

  4. Tu as bien raison.

    Mettre en danger sa santé mentale et donc sa santé tout court n’est pas une bonne idée.

    Si tu parviens à faire la part des choses ce sera très bien.

    Je suis content que la reprise se passe correctement. Par contre je suis inquiet pour l’avenir de notre société.

  5. peu d’élèves aujourd’hui ont encore le respect de l’instituteur ou trice,
    il y a tjs eu des élèves moins doués, des dissipés mais ils étaient corrects et ne répondaient pas

  6. bah oui les gosses d’aujourd’hui !! Quand j’étais assistante pédagogique j’avais de gentilles classes mais aussi des classes de l’horreur, je ne pouvais pas le voir tout simplement!
    J’espère que l’année prochaine tu auras une meilleure brochette!

  7. Je crois que tu as raison de te préserver et puis s’obstiner à aller dans une direction qui ne porte pas ses fruits ne sert à rien. Je crois qu’il vaut mieux lâcher du lest pour mieux faire ce qui sera fait autrement, pour eux et pour toi bien sûr !
    Bon courage !

  8. Comme je comprends ton ras-le bol (pardon pour le tu, je peux ?), mon mari était enseignant et il en a bavé, c’était des ados et c’était pas des cadeaux….
    Par contre je te retrouve dans ton fuck concernant ton métier, parce que c’est ce que je viens de comprendre il y a peu avec le mien, qui n’a rien mais alors rien d’intéressant, nul à chier, je dirais, un boulot alimentaire quoi. Mais un boulot que j’ai toujours essayer de faire au mieux, tout ça pour m’entendre dire que je suis très investie, mais super stressée et j’en passe. Aucune reconnaissance au bout de 27 ans de boîte (non non je ne suis pas une mémé ;). Et là après être passée par toutes les phases, pleurs, crises d’angoisse, remise en question…..je suis nulle….je vais me lancer dans un bilan de compétence à 51 balais. Suis morte de trouille. Alors je te comprends parce qu’aujourd’hui bosser dans la société dans laquelle nous vivons et bien c’est pas du gâteau. J’espère ne pas avoir plombée l’ambiance.

    1. Mais non tu n’as rien plombé du tout, merci beaucoup de ton passage et de ton témoignage.

      Je pense que si tu ressens tout ça pour ton boulot, alors il est effectivement temps de passer à autre chose, et oui ça fait peur, oui c’est une page qui se tourne et que ce n’est pas très rassurant, eh bien au moins tu essayes de changer les choses et tu as le désir de changer.
      Et grâce à tout ça je suis persuadée que tu y arriveras…
      N’hésite pas à me tenir au courant (voire même à en parler dans un espace à toi, ça peut faire du bien…)

  9. Ah! Ces classes ingérables dans lesquelles on va à reculons parce qu’on sait qu’on n’avancera pas comme on le souhaite… On en a tous eu une! L’avantage au collège, c’est que l’heure d’après tu as une classe de Bisounours avec laquelle tu prends du plaisir à enseigner et que les irréductibles sont aussitôt oubliés… Malgré tout on se remet en question! Cela aide à améliorer la situation dans certains cas mais pas toujours… Il faut accepter le fait que l’on ne peut parfois rien faire de plus!

  10. Ça dépend des années. J’ai depuis deux ans des classes géniales (et pourtant cette année j’ai eu 28 CM1) alors qu’il y a 3 ans je me suis demandée si je n’allais pas démissionner tellement la classe était ingérable.
    Finis ton année tranquillement, les années se suivent mais ne se ressemblent pas.
    Courage

  11. Oui faut pas se prendre la tête. Si les parents ne font rien de leurs côtés tu pourra remuer ciel et terre qu’ ils seront comme ca tout le temps. Bon courage a toi pour ces deux mois et bonne chance au prof qui les aura l année prochaine.

  12. J’apprécie beaucoup les billets qui nous font partager ton métier. Je suis heureuse que tu aies reçu cette confirmation. C’est toujours un soulagement d’apprendre que ce que nous ressentons depuis le début n’est pas une idée de notre esprit. Tiens bon tes résolutions. Mille bisous :)

    1. Je te remercie… Je parle moins de mon boulot en ce moment car comme tu vois il n’est pas forcément agréable.
      Mais ça me manque un peu de ne pas rire de certaines situations on classe ou de rapporter certains croustillants mots d’élèves… Vivement l’année prochaine :)

  13. Je comprends à quel point parler à ton remplaçant a du te faire du bien. Un an c’est trop long dans une classe comme ça…. courage pour la fin et tu as bien raison de ne plus te prendre la tête. (Ah ouais,plus que 35jours??)

  14. Mais c’est la classe de ma fille que tu as ???? :)

    Tu fais bien de te ménager.

    « c’est gros, petit, noir et roux », ouai, mais là s’il est tout ça, c’est dure de pas ce moquer ;)

      1. En milieu d’année à une réunion Parents/Profs, la maitresse a clairement dis qu’elle n’avait jamais eu une classe comme ça.

        Qu’elle avait beaucoup de mal à les tenir.
        Et certain répondre, on sait, on y arrive pas non plus.
        Après qu’est-ce que tu veux qu’une instit avec 20 – 25 gamins puissent y arriver, surtout quand les mêmes parents vont raler après la maîtresse si leur gamins s’en prend une (punition, beigne dans la gueule)

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