Je rêvais d’un autre monde – épisode 4

011Retour en quelques épisodes sur mon aventure en rassemblement auto-géré dans les Cévennes.

Durant 15 jours, nous avons été quelques milliers à partager une aventure humaine extrêmement intéressante.

J’ai choisi de tout vous raconter (mon vécu, mon ressenti), chaque mercredi pour les 16 semaines à venir.


 Jour 4

Matin.

J’ai mal dormi.
En même temps pour moi, petite nature qui ne peut pas manger de fruit après 17h00 parce que ça l’excite trop, la tartine de spiruline au dîner du soir c’était un choix très peu stratégique finalement !
Mais je l’ignorais. Maintenant je sais… On apprend beaucoup de nos erreurs !

Toute la nuit j’ai placé des campeurs et des camions au parking de mes songes… A 5h30 du matin j’avais les yeux grands ouverts et j’ai dû me mettre une petite vidéo de relaxation sur mon Iphone pour me rendormir (oui, je l’ai rallumé mais voyez : c’était pour la bonne cause.)

La seconde partie de ma matinée de sommeil aurait pu être réussie si Ayan n’était pas venu me secouer les pieds et me faire moult bisous et câlins pour me dire qu’il partait !
Je ne suis pas du matin… Il l’a bien vu. Nos adieux ont été écourtés par ma nonchalance à peine dissimulée.

Je ne suis pas triste, je n’ai même pas ses coordonnées, je me dis que la page est tournée.

Après-midi.

Accueil.

Fidèle au poste… Avec les anciens (Eric par exemple) mais aussi avec quelques petits nouveaux que mon appel à l’aide au cercle du matin a rameutés. Parmi eux Arnaud.

J’ai fait de très beaux accueils et d’autres plus complexes. J’ai formé les nouveaux et j’ai pris des responsabilités. J’ai même été garante du talkie-walkie, si ça c’est pas de la promotion… J’étais fière d’avoir un substitut à mon Iphone abandonné au fond de ma tente :)

Et puis en fin de journée, mon étincelle est retombée et j’ai profité d’une relève pour passer la main et me préserver un peu. Je me décide à profiter de ma soirée pour une fois.

Fin de journée.

Je suis tranquillement assise devant ma tente, contemplant les galets (occupation très très saine) lorsqu’un camion se pointe en cherchant une place.
Mon instinct de fille-de-l’accueil me pousse à aller le guider. Je retrouve Eric qui n’avait pas quitté son poste et qui m’avoue que ça commence à être difficile de placer tout le monde.
Nous sommes le 4ème jour et la place accordée initialement au parking des camions est déjà complètement pleine à craquer.

Je me dis que j’ai quelque chose à faire là. Je cours à droite et à gauche, bien décidée à trouver une solution aux camions qui s’entassent au mépris de toutes les consignes de sécurité. Je cours après les organisateurs, après les responsables, je constitue une petite équipe et ensemble nous prenons une décision et ouvrons un espace supplémentaire aux camions.
Après tout, ce rassemblement est auto-géré, chacun décide de ce qu’il estime être le mieux.
Nous sommes persuadés que notre décision est la plus juste.

Le placement reprend et forcément les problèmes continuent. La pluie est au rendez-vous et rend les gens plus austères. Ma fatigue n’améliore pas les choses et je me suis sentie bien seule pour gérer des trucs assez improbables :
Des gens déjà installés à déplacer, une voiture de mecs bourrés au milieu (l’alcool n’était pas le bienvenu sur le rassemblement, mais manifestement certains ne s’en souciaient pas), un camion en travers et son chauffeur défoncé qui refusait le placement…

Concrètement, je pète les plombs, je me sens perdre pied, l’impression de faire quelque chose de pénible qu’initialement je n’avais même pas envie de faire monte en moi… Voyant que je n’arrive plus à gérer, un zadiste installé non loin de là accourt pour m’aider. Je lui ai été hyper reconnaissante, d’ailleurs je lui ai pleuré dans les bras à ce pauvre homme.
Pas étonnant qu’il m’ait conseillé d’aller me reposer en me disant qu’il allait s’occuper de la zone.

Vidée, à bout de forces et passablement humiliée (pleurer sur l’épaule d’un inconnu ça a fait du mal à mon orgueil, même là-bas), je décide d’aller pousser un gros coup de gueule à la cuisine sauvage (l’endroit où sont rassemblés les responsables, munis de leurs mégaphones).
Mon appel de détresse a eu autant de répercussions que si je m’étais immolée sur la place publique.
Une responsable est revenue me voir plus tard pour me tenir au courant de la situation en m’apprenant tout ce qui avait été fait.

Je n’ai pas gueulé en vain, je ne me suis pas fatiguée pour rien.
Sur le moment j’ai trouvé ça cool.

Nuit.

Je prends le chemin de ma tente après un frugal et solitaire dîner (mon moral n’est pas au plus haut mais je sais que la fatigue me gère, je n’aurait rien pu faire de mieux à ce moment précis).

Un son m’interpelle… De la zique que je ne connais pas mais que j’aime déjà.
Sous l’Agora joue le groupe « Des ailes ». Je me joins à la foule et j’en reste scotchée : je n’aime pas, j’adore !
Bons musiciens, agréables à regarder et avec des paroles qui me parlent vraiment, il n’en faut pas plus pour que je sois conquise. Cliquez pour un bout de leur univers.

Kevin me rejoint pour m’inciter à rester pour le musicien suivant. Il s’agit d’un gars qui joue du hang drum.
Je n’ai aucune idée de ce qu’est ce truc. Et quand je vois l’homme s’installer avec ce qui semble être deux grosses marmites cabossées, je suis follement curieuse !

Une seconde belle découverte. Un instrument hors du commun avec un son si cristallin qu’il en devient presque hypnotique.
Pour moi qui suis si épuisée, l’endormissement est presque là. Klaïm me berce… Cliquez pour voir son travail.
Je pars doucement vers ma tente avant de sombrer sur la paille de l’Agora au milieu des bras et jambes de tout ceux qui sont partis dans ce son.

Cette journée a été particulièrement forte en émotions. Bonnes et mauvaises.

J’ai enlacé beaucoup de monde, voilà, j’ai sauté le pas. Parce que j’étais crevée, parce que des gens s’en allaient (déjà), parce que j’ai pleuré et que dans un monde de compassion on enlace ceux qui souffrent…
J’ai vraiment abandonné mes dernières barrières aujourd’hui.
Je m’ouvre et ce n’est pas si facile !

Demain je ne serai pas à l’accueil, je dois stopper, c’est une nécessite !


À suivre mercredi prochain.

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush…
Dans notre monde, la réalité est bien différente !

7 Comments

  • fedora

    16 septembre 2015 at 10 h 33 min Répondre

    Il se dégage énormément de sérénité de tes mots…

  • Marionle6tron

    16 septembre 2015 at 14 h 29 min Répondre

    Tu es une leader née non ? Tout ça me semble bien éprouvant pour toi mais tu retires toujours du positif de ces journées de la mort alors c’est que tout est pour le mieux :)

    • Agoaye

      17 septembre 2015 at 21 h 24 min Répondre

      je crois que ouais en fait, j’aime bien diriger. C’est surtout une façon de ne pas perdre le contrôle en fait !

  • flipperine

    18 septembre 2015 at 10 h 33 min Répondre

    c’est dur de prendre la direction de qq chose

    • Agoaye

      20 septembre 2015 at 11 h 46 min Répondre

      Je crois que j’aime bien ça

  • […] ils se contredisent devant nous, je trouve ça inapproprié. Et vu ce qui s’est passé après le quatrième jour, je me sens finalement assez en colère. Notre décision d’ouvrir un autre parking camion a […]

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