Je rêvais d’un autre monde – épisode 6

010Retour en quelques épisodes sur mon aventure en rassemblement auto-géré dans les Cévennes.

Durant 15 jours, nous avons été quelques milliers à partager une aventure humaine extrêmement intéressante.

J’ai choisi de tout vous raconter (mon vécu, mon ressenti), chaque mercredi pour les 16 semaines à venir.


 Jour 6

Matin.

Mes voisins de tente ont parlé jusqu’à 3 heures, ça n’a pas été très agréable. Et puis j’ai été réveillée par les cris des clowns. Je n’aime pas les clowns, je déteste même les clowns…
Ici, les clowns sont là pour faire passer des messages importants mais en faisant les clowns (forcément), ça peut parfois être utile, je le reconnais, mais au réveil je ne peux pas. J’ai eu l’impression de ne pas avoir été respectée. Trop de cris, trop fort, et trop tôt !

Je prends mon petit déjeuner avec Arnaud, que j’ai rencontré l’avant-veille à l’accueil et qui s’est avéré avoir planté sa tente près de la mienne. Ça m’a fait du bien de partager un peu avec lui.

Et puis on nous appelle. Le rassemblement commence… Un rassemblement/piqûre de rappel, pour nous redire que tout est participatif, et auto-géré, et que si personne ne participe ou ne gère, alors le festival ne se déroulera pas correctement…
C’est logique. Je le sais. Beaucoup d’entre nous le savent…
Mais nous fonctionnons ici comme une mini-société : il y a les gens qui savent prendre des responsabilités et des décisions et il y a les autres… Il y a ceux qui ne peuvent pas, qui n’en sont pas capable pour des raisons qui leur appartiennent.
Il y a des gens qui ne respectent pas les règles du jeu, qui ont amené de l’alcool par exemple ou qui ne sont ici que pour la musique ou l’ambiance… Ceux-là ne vident pas les poubelles, ne s’occupent pas des toilettes, se garent ou campent n’importe où…

Bref, ce cercle m’énerve… Parce que je sais qu’il allait avoir lieu (comme il y a deux ans finalement), mais que j’espèrais vraiment qu’il se produise un peu plus tard dans le temps. Nous ne sommes que le 6ème jour, si les volontaires commencent déjà à manquer alors c’est préoccupant

Et puis les responsables ne sont pas unanimes, ils se contredisent devant nous, je trouve ça inapproprié. Et vu ce qui s’est passé après le quatrième jour, je me sens finalement assez en colère.
Notre décision d’ouvrir un autre parking camion a été critiquée, assez vivement, et l’organisatrice qui avait décidé ça avec moi s’est même retirée de ses fonctions, de mécontentement. Sur ce coup-là j’ai été très amère, je l’aimais beaucoup, elle apportait vraiment à la communauté… Et j’en veux à quelques personnes car je suis encore persuadée que notre solution était la seule valable.

Je quitte le cercle avant la fin et retourne faire quelques heures à l’accueil pour me calmer. J’en suis repartie quand il a fallu recommencer à caser les camions sur place.

Après-midi.

Je fais des photos. Je suis assise dans la poussière et je mitraille ce que je peux. Des enfants, des équilibristes… cette fille s’assoit en tailleur sur une sangle, elle m’impressionne !

Silver vient s’asseoir à côté de moi. C’est un garçon qui s’était joint à notre petite bande un soir où nous dînions. Il est magnifique. Châtain clair aux cheveux longs, aux traits épais mais harmonieux, de beaux yeux et une gentillesse incroyable.
Nous avons un peu évolué ensemble, nous mangeons, nous recroisons des amis, nous trainons et nous décidons d’aller au lac tout en passant par Respire (le pôle Zen de la rivière que j’ai découvert hier).

Sur le chemin, nous sommes passés par les bois, et au détour du sentier, soudain un tableau de rêve. Il y avait un cheval blanc.
Nous sommes seuls, la lumière perce à travers le feuillage, il y a le clapotis de l’eau, le bruit des grenouilles et ce cheval, qui henni doucement en nous voyant approcher… Je suis subjuguée, je trouve ça vraiment magnifique.

Au lac, je passe un vrai beau moment également. Il m’amuse beaucoup Silver, il est drôle.
Il s’est baigné, et il a joué du hang devant le lac calme. Le jour déclinait et à ce moment là je me suis dit que je me sentais vraiment bien.
Je ne le connais pas mais je l’aime bien. Je ne le désire pas, je l’aime en tant qu’humain, parce qu’il m’apporte ce dont j’ai besoin sur le moment : de l’humour, de la beauté, du calme, une présence.

Avec Sacha c’est pareil… Je n’ai pas envie de faire de confusions. J’aime Sacha, profondément et d’une façon simple et belle, parce c’est ce qu’il dégage, ce qu’il est. Je ne veux pas plus que ça, je ne veux pas d’une relation embarrassée par du sexe ou une éventuelle appropriation de l’autre.
Je crois découvrir à cet instant là que je ne suis pas ici pour ça !

Fin de journée.

Les douches ont été installées, alors avant que le jour ne tombe je décide d’en essayer une. Une « vraie » douche avec une immersion totale et un gel douche Lush me paraît être le summum du luxe ! Je ne suis pas regardante à l’environnement du lieu.

Je m’installe dans une douche faite en roseaux, à quelques mètres de la place principale du festival. Tandis que je me savonne avec grand plaisir, nue, je regarde les gens danser au son de l’accordéon devant l’Agora. Si je les vois ils doivent me voir aussi, mais je m’en moque… Personne ne regarde.

Je danse dans ma douche.

Soirée.

J’ai voulu courir dire à tous mes amis que j’étais propre, j’étais pleine d’énergie et je voulais partager ça avec eux. Malheureusement je pense que nous n’étions pas sur la même longueur d’onde ce soir là.
Fred est à fond dans une spiritualité que je ne connais pas et qui ne me touche pas, Kevin est distant, Sacha est introuvable, Arnaud est probablement couché.

Je retourne à ma tente en espérant que peut-être quelqu’un viendra me voir, que mon absence leur donnera cette idée.
Mais non….
L’espoir que quelqu’un vienne nous voir alors que nous n’en avons parlé à personne est un mauvais espoir. Comment les gens peuvent savoir ce que vous désirez si vous ne leur dites pas ? Ce n’est pas possible de baser sa vie sur les éventuelles « surprises ».

Je vais me coucher, un peu amère mais en plein apprentissage.


À suivre mercredi prochain.

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush…
Dans notre monde, la réalité est bien différente !

10 Comments

  • flipperine

    30 septembre 2015 at 11 h 57 min Répondre

    pas évident la vie en communauté

    • Agoaye

      30 septembre 2015 at 20 h 52 min Répondre

      Surtout quand on en a pas l’habitude

  • fedora

    30 septembre 2015 at 13 h 54 min Répondre

    Ouais, je rejoins Flipperine, ce n’est pas toujours simple de concilier le groupe et l’individu… En tout cas, je ne crois pas que j’aurais pu participer à ce genre d’expérience… bisous

    • Agoaye

      30 septembre 2015 at 20 h 53 min Répondre

      J’ai quand même pas mal réussi dans l’ensemble. Je me suis surpris moi-même parfois !

  • Julien

    30 septembre 2015 at 14 h 37 min Répondre

    Moi c’est sur je n’aurais jamais pu supporter une telle expérience.

    J’ai beau être gentil il y a des limites à ce que je peux supporter.

    • Agoaye

      30 septembre 2015 at 20 h 55 min Répondre

      Par exemple ?

      • Julien

        1 octobre 2015 at 14 h 15 min Répondre

        Me taper plein de boulot pendant que d’autres ne font rien et ensuite récolter des reproches.

        • Agoaye

          1 octobre 2015 at 19 h 56 min Répondre

          mouais. Je vois…. Perso je ne me compare pas aux autres, ça enlève une grande partie de mesquinité (mais si ça se dit :))

  • Céline Bricabrac

    30 septembre 2015 at 22 h 03 min Répondre

    Réveillée par des clowns ? Je crois que je n’aurais pas aimé non plus et pourtant je suis de bonne compagnie au réveil. Cette journée ne semble pas être la meilleure malgré une belle rencontre et un cheval blanc. j’attends donc la suite !

    • Agoaye

      1 octobre 2015 at 19 h 52 min Répondre

      En effet, ce n’était pas la meilleure :)

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