La fille de l’écrit.

écriturePhase d’introspection.
En réalité c’est ma réponse à un commentaire sur le dernier billet-bourdon qui a commencé à me faire réfléchir. Comme quoi vous voyez qu’un blog peut aussi être une sorte de thérapie…

Avec quelques mots d’un commentaire, et la réponse que je m’apprêtais à leur donner, je me suis rendue soudain compte de quelque chose de manière très limpide, quelque chose que je sais depuis pas mal de temps mais que je n’avais jamais entrevu avec une telle lucidité.

En résumé, mon amie blogueuse Jenesuispasunesupermaman… essayait de me rassurer quant à la place que j’occupe dans le cœur de certain(e)s d’entre-vous.
En effet je suis en train de vivre un moment assez douloureux amicalement parlant (et sentimentalement aussi tant qu’à faire. Quand tout fout le camp en même temps c’est quand même vachement plus fun), et je remets donc plein de choses en question, et en particulier ma propension à vivre avec autrui…. Bref.

Ma réponse à ce merveilleux commentaire extrêmement réconfortant (j’ai beaucoup de chance de vous avoir, nombre d’entre-vous se sont relayés pour me soutenir, et je vous en remercie) n’a pas été très difficile à trouver et se résumait ainsi :

La vie virtuelle est plus facile pour moi, clairement plus facile. Parce que je suis plus à l’aise à l’écrit et que c’est ma sorte de fuite à moi.
Pourtant j’écris sans trop réfléchir et je ne change pas 40 fois les mots car ils sortent de suite très juste tandis qu’à l’oral c’est difficile.
Du coup (et merci encore pour ces compliments hallucinants), il y a un vrai fossé entre l’image que vous avez de moi ici (et toutes les plateformes) et mon vrai-moi social.
Je ne mens nulle part, je ne trompe personne, ce n’est pas ce que je suis en train de vous dire, au contraire vous me connaissez plutôt bien finalement, mais cette facilité je ne l’ai pas en vrai, parce que c’est ça dont je pense être incapable finalement.
Bref, oui, concluons : merci mais je suis quand même une grosse truffe irl, c’est ainsi

Et soudain tout s’éclaire :

Je suis une fille de l’écrit !

La première impression que l’on a de moi lorsqu’on me voit est généralement négative, ou bien teintée de curiosité ou de gène. C’est normal, c’est moi qui l’induit, je l’assume absolument.
La première impression que l’on a de moi lorsqu’on me lit est diamétralement opposée. Je suis à l’aise, je m’exprime convenablement, certains ont même été jusqu’à dire que j’ai « un style »…

A l’écrit, quelque chose passe de façon très naturelle, la preuve en est que je ne me corrige que très peu, je relis une fois et il est extrêmement rare que je doive changer mes mots ou mes tournures durant cette étape. Je trouve globalement que mes idées arrivent à être suffisamment bien organisées du premier coup pour que je n’aie pas à les remanier.

A l’écrit j’ose pas mal aussi. Mon assurance va s’affirmer et je pense que la personne qui me lira aura tendance à me juger de façon plus « juste », puisqu’il n’y a pas de distractions, pas d’apparence ni de gène due à des conventions sociales diverses et variées.
J’assume à l’écrit tout que qui est malaisé lors d’un face à face.

Je vous l’avais avoué que j’ai toujours écrit, mes journaux intimes étaient généralement mes principaux confidents. Ce que je ne vous ai probablement jamais dit en revanche c’est que quand j’ai possédé mon premier ordinateur, je rêvais déjà d’y avoir un échange textuel avec quelqu’un d’autre.
Au point où j’ai quand même configuré quelques lignes de codes sur mon Amstrad CPC6128 afin que la machine réagisse à telles ou telles phrases et me donne l’impression de me répondre !
Lorsque le minitel est entré chez moi, j’ai été attirée de façon quasi addictive à la page de discussion de Fun Radio ! (Les 2000 à 3000 francs de facture mensuels ont convaincu ma mère de se séparer de la machine, elle avait installé un code de protection mais je l’avais évidemment contourné assez rapidement).

En somme j’écris, et j’ai l’impression que je le fais mieux que je ne parle.

Pourtant, ce n’est pas très difficile pour moi de parler devant une foule. Je me fais comprendre, ce n’est pas quelque chose d’angoissant pour moi (j’ai fait 9 ans de théâtre, ceci explique sans doute cela), on me dit même parfois que j’ai une grande gueule.
Mais dans l’intimité, ou lorsqu’il s’agira de se confier, de s’expliquer et de comprendre, ou de désamorcer un conflit, je deviens la pire des imbéciles.

Ainsi je pense que c’est pour cette raison que vous n’arrivez pas à imaginer qu’en réalité je foire tout ce que je touche, parce que vous avez la « belle » vision, vous connaissez la fille qui écrit, vous ne souffrez d’aucune de mes attitudes ou façons de faire, vous ne me ressentez pas comme vous pourriez le faire en me côtoyant réellement.
C’est sans doute l’une des principales raisons pour lesquelles je ne souhaite pas vous rencontrer. Je ne veux pas que vous soyez déçus, vous me voyez si « belle »…

Pour autant, et comme je l’ai souligné dans mon commentaire, je ne vous mens pas, au contraire même, je raconte des choses par ici que la plupart des gens qui me connaissent en réalité ne savent pas de moi (d’où également ma frilosité pour partager mon blog à mes proches), c’est simplement que vous n’avez pas le détail qui est en trop, je ne sais comment l’appeler… Ma maladresse, mon asociabilité réelle.

Aujourd’hui, voilà le constat que j’ai réussi à faire. Je ne sais pas si c’est monnaie courante, je ne sais pas si ça me dessert ou pas, je ne sais pas si c’est modifiable, ni même si j’ai envie de le modifier.
Ceci étant dit, je trouve que c’est une bonne nouvelle pour ceux qui aiment me lire, une moins bonne pour ceux qui essayent de vivre avec moi…

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush…
Dans notre monde, la réalité est bien différente !

28 Comments

  • G33k

    14 janvier 2016 at 10 h 59 min Répondre

    En te lisant je m’y retrouve pas mal, j’ai également un réel don de « maladresse sociale ». Je suis capable de me saborder tout seul, en ouvrant la bouche une seul fois ! Pour ma part, cette maladresse à sans doute pour origine de vouloir toujours bien faire, trop bien faire… pour plaire et surtout pour ne pas susciter le rejet. Grosse erreur… c’est l’inverse qui se produit, souvent et invariablement.
    Je suis plus à l’aise derrière un clavier, non pas parce que je peux réécrire 200x, mais parce que je sors de ma carapace, caché que je suis par mon écran !
    Et j’ai bien peur que l’on soit nombreux dans ce cas…

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 18 min Répondre

      Dans mon cas il ne va pas s’agir de maladresse, je suis assez pertinente en général. Ni même de vouloir trop bien rendre : mon côté j’m’en foutiste a quand même tendance à me guider dans mes actes de tous les jours et ce qu’on pense de moi m’importe finalement assez peu (sauf pour les gens que j’aime, mais si je les aime c’est qu’ils m’aiment et donc qu’ils savent, eux…)

  • Bleue

    14 janvier 2016 at 11 h 03 min Répondre

    Tu n’imagines pas à quel point ton texte me parle…
    Je suis mille fois plus à l’aise à l’écrit… Dès que j’essaie de parler, les mots sont là, dans ma tête mais ils se mélangent, c’est le gros foutoir et du coup ça ne sort pas… Alors qu’à l’écrit ça va tout seul…
    Mais ces derniers temps j’apprends, du moins j’essaie, de m’exprimer oralement, parce que j’en ai besoin…
    En tout cas, à l’écrit tu es toi, tu es vraie pis même que des fois tes écrits me font pleurer, ou rire très fort et m’apportent du bonheur avec des licornes et des papillons!

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 15 min Répondre

      Rho je te remercie.
      Tu as raison, je suis moi. Beaucoup plus moi que quand je tente d’expliquer mon ressenti lors d’une situation conflictuelle, et c’est ça qui me perd :(

  • Marionle6tron

    14 janvier 2016 at 14 h 28 min Répondre

    Comment dire que je suis tout l’opposer de toi. Je suis hypersociable. Après j’ai mon caractère, ma grande gueule, mon obésité, mes opinions bien arrêtées… Ca plait tant mieux, ça plait pas je m’en fous tu me prends comme je suis ou pas. Je suis entière, trop peut-être.
    Contrairement à toi, et même si l’écrit est un refuge pour souvent dire des choses que je ne dis pas par pudeur ou parce que je ne saurai comment le dire de visu, je fais très attention à ce que je dis sur le blog, je me relis… ma famille le lit, je ne le cache même pas au boulot je m’en fous en fait mais je m’insurge quand en me relisant je vois une fautes, ça me hérisse ! Mais surtout je me remets souvent en question sur l’utilité de mon blog, je ne crée pas, je ne rassemble pas, je vivote comme des millions de blog anonymes…
    Donc moi je suis prête à rencontrer la terre entière et même toi et ton handicap social, on se mettrait surement sur la gueule verbalement (ou pas d’ailleurs) mais je suis sure que tu gagnes vraiment à être connue IRL et que tu es une personne riche de l’intérieur qui peut apporter beaucoup à autrui, tant celui-ci se donne la peine de voire au-delà du vernis coloré de tes beaux cheveux ;)

    • Nathalie

      14 janvier 2016 at 21 h 12 min Répondre

      Pareil …. absolument !!!

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 14 min Répondre

      Après, je dis que je ne suis pas sociable, alors que les gens qui me connaissent m’affirment le contraire. Je pense que tout se passe dans ma tête finalement, je vais avoir mes phases de misanthropie…
      Et moi aussi je suis entière, tu sais bien ! Par contre je ne me mets pas facilement sur la gueule, ne compte pas sur moi :) Moi je suis plutôt à préférer la fuite… Plus propre :)

  • Guillemette

    14 janvier 2016 at 16 h 04 min Répondre

    Vous êtes loin d’être seule dans ce cas ! L’écrit a quelque chose de libérateur, alors qu’en face à face, c’est beaucoup plus difficile… Ça ne fait pas de vous une moins belle personne dans la vie pour autant, mais il y a des obstacles et des blocages bien plus forts à surmonter.
    Courage pour passer cette période douloureuse… et ne perdez pas tout espoir…

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 12 min Répondre

      Effectivement, les nombreux commentaires me prouvent que je ne suis pas un cas isolé en effet.
      Merci pour vos encouragements, je vais tenter d’oublier dans le travail, c’est aussi un moyen paraît-il !

      • Guillemette

        17 janvier 2016 at 21 h 22 min Répondre

        Oui, perso je suis une spécialiste de ça ;) Et vive les dérivatifs.

        • Agoaye

          17 janvier 2016 at 21 h 28 min Répondre

          Travail et chocolat :)

          • Guillemette

            17 janvier 2016 at 21 h 29 min

            Oui, aussi ! :D

          • Agoaye

            17 janvier 2016 at 21 h 31 min

            :)

  • Petite ombre

    14 janvier 2016 at 16 h 37 min Répondre

    Alors continue d’écrire!!!!
    Moi aussi je suis plus à l’aise à l’aise à l’écrit qu’à l’oral… Et ton billet me fait donc réfléchir aussi ! Merci

  • Pidiaime

    14 janvier 2016 at 16 h 37 min Répondre

    Je pense que tu es loin d’être la seule dans ce cas, et que si on se retrouve tou-te-s ici sur la blogosphère, c’est en partie parce que nous exprimer via nos textes est plus naturel et plus libre pour nous.
    J’espère que tu sauras puiser assez de forces dans la communauté pour te remettre sur pieds rapidement :)
    En tout cas, l’admettre et l’accepter est déjà une grande force.

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 06 min Répondre

      Oui, je pense que dans le vivier des blogueurs que je côtoie, nous sommes effectivement assez nombreux dans ce cas, c’est même ce qui va assurer la trame de nos blogs finalement, tu as raison…

  • Jenesuispasunesupermaman

    14 janvier 2016 at 17 h 06 min Répondre

    Ceux qui vivent avec toi devraient donc te lire!
    Tu devrais en faire un thème de roman pour le projet d’écriture de novembre prochain par exemple!
    Une relation épistolaire, la rencontre, la tempête sous un crâne, la déception, la relecture, le happy ending (sinon je n’achète pas le roman :D)

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 04 min Répondre

      Il y a tellement de gens qui ne seraient pas ravis de savoir que je parle d’eux (même si c’est en de bons termes). Mes Môms par exemple, je ne sais pas comment elles pourraient réagir…

      Quant au roman, tu sais moi je suis du genre à imaginer le thème 1 heure avant le début de l’écriture alors…

  • flipperine

    14 janvier 2016 at 17 h 25 min Répondre

    quand j’ai qq chose à dire d’important je préfère l’écrire que le parler les mots me viennent mieux et c’est rare que je corrige ce que je note

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 02 min Répondre

      Pareil, c’est une façon de fonctionner comme une autre

  • marie kléber

    14 janvier 2016 at 18 h 26 min Répondre

    C’est une bonne prise de conscience je trouve. Le seul problème serait ou est que cette situation te fait du mal. Tu as peur qu’on soit déçue en te voyant. C’est étrange à lire car j’ai longtemps été comme ça. Je me suis souvent dit qu’il y avait une grande différence entre ce que je renvoyais par mes écrits et celle que j’étais, pour les autres.
    J’ai longtemps pensé que je n’étais pas née à la bonne époque, dans la bonne société ni le bon pays d’ailleurs. A l’écrit, tout me paraissait plus simple.

    Et puis un jour je ne sais pas comment je ne sais pas pourquoi, quelque chose a changé en moi. Et tout a changé autour de moi.

    Une déception amicale (et sentimentale) c’est toujours douloureux. Prends soin de toi autant que tu peux. Et souviens toi qu’ici chacune d’entre nous t’apprécions énormément.

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 00 min Répondre

      C’est amusant car je me fais souvent ce constat moi aussi : « j’ai loupé mon moment »… Mon rapport au temps est de ce fait très particulier, j’ai une peur panique du « jamais plus »…
      M’enfin, ce sont probablement encore d’autres soucis.

      Je pense que le fossé entre mes écrits et ma sociabilité actuelle est avéré… A cause de ma carapace. Ceux qui savent sont des gens qui ont gagné ma confiance, et ils sont rares. Mais comme rien n’est acquis, je peux aussi les perdre, et c’est le plus difficile finalement.
      Merci pour ta dernière phrase, chaque jour je m’en rends compte un peu plus, et crois-moi, c’est très émouvant !

  • Nathalie

    14 janvier 2016 at 21 h 14 min Répondre

    Je t’aime

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 17 h 51 min Répondre

      *rougit*
      Moi aussi hein :)

  • […] (l’habitude vous comprenez…) et il eut l’air de plutôt bien réagir à mes tentatives épistolaires de séduction. Nous avons ainsi passé quelques longues soirées à discuter de tout, de rien, de […]

  • […] je vais continuer à soigner mon écriture plutôt […]

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