L’aube ou le crépuscule

crepusculeDehors, la lumière baissait déjà. Il n’a jamais su comment elle s’appelait cette période de la journée… Aube ? Crépuscule ? Il les mélangeait !

Il mélangeait aussi vertical et horizontal, amont et aval, heure d’été et heure d’hiver, et tous ces binômes complémentaires et différents.

Parfois il mélangeait ses souvenirs aussi.
Est-ce avec Violette qu’il était allée en Allemagne ou bien était-ce Béatrice ?
C’est Christelle qui avait cette agaçante manie de suçoter en permanence une mèche de cheveux ou était-ce plutôt Marie ?
Non… Marie avait les cheveux courts, et elle était blonde. La suçoteuse était brune, je m’en souviens…

Ce qui était brumeux aussi pour lui, c’était la frontière entre le rêve et la réalité.
Parfois, certains songes lui revenaient si clairement qu’il se demandait s’il ne s’agissait pas simplement de souvenirs… Un chat noir et blanc promené dans un landau de poupée, son grand-père à califourchon sur un mini-tracteur en plastique rouge…
Bien sûr il rêvait en couleurs, alors bien sûr il était très difficile de distinguer le vrai du faux.

Ça c’est vraiment passé ?
Ça a vraiment eu lieu ?

Dans les plus mauvais jours, il ne se souvient même plus du lieu dans lequel il se trouve. C’est comme s’il se réveillait après une soirée arrosée. Il lui faut remettre les pièces du puzzle en place, organiser ses idées en commençant par ce dont il est tout à fait sûr.
Je suis vivant, je suis adulte, j’ai dormi en pyjama, je suis trentenaire, je suis seul, je dois sortir le chien, je suis chez moi.

Parfois c’est moins dur, et parfois c’est impossible.
La machine de son cerveau tourne à vide, il en entendrait ses neurones, comme le cliquetis d’un vieux disque dur qui peine à fonctionner.
Je suis vivant, je suis… grand… adulte, je crois… Je suis… quelque part, je ne sais pas trop où… Est-ce l’aube ou le crépuscule ?

Et puis peu à peu ça revient. Le fil du passé reprend des couleurs, comme ses rêves, et le rend plus vivant. Les morceaux se recollent… Et l’évidence saute aux yeux.
Mais plus le temps passe et plus il se rend compte que le processus devient long, et les questionnements plus fréquents. Ça lui est déjà arrivé avec du monde, ça a été un moment très gênant.
Excusez-moi madame mais qui êtes-vous ? Oh, oui, bien sûr… Non, pardonnez-moi j’ai dû m’égarer quelque peu.

Par contre, il se souvient de mieux en mieux de sa vie onirique !
Ses aventures sont passionnantes. Il est tour à tour un voyageur, un aventurier, un amoureux transi, un oiseau ou un enfant. Il ressent les sensations, les frissons de l’orgasme ou le sursaut de la chute. Il pleure et rit, et parle même anglais…
Oui, ses rêves sont merveilleux. Il attend chaque jour le moment de s’endormir, à l’aube… ou au crépuscule…

 

Le chien est mort depuis 5 ans.
Violette ne passe plus qu’une fois par mois.
Les médecins ont peu d’espoir qu’il se réveille.
L’accident avait été terrible. Elle s’en était remise, mais pas lui.
Il dort depuis l’accident de ce jour, coincé entre l’aube et le crépuscule.


Ce billet a été rédigé pour le défi d’écriture du mois d’avril 2016
« Comment ça commence ? »

La phrase de début était commune à tous, n’hésitez pas à aller lire les autres participations.

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush... Dans notre monde, la réalité est bien différente !

8 Comments

  • Fabignou

    12 avril 2016 at 10 h 56 min Répondre

    C’est beau !!! J’ai adoré, transportée de la première à la dernière ligne !

  • marie kléber

    12 avril 2016 at 12 h 50 min Répondre

    Superbe Agoaye!
    Ta plume est fluide. On se balance nous aussi entre rêve et réalité, conscient que celui qui écrit est un peu perdu entre les deux hémisphères.
    Très touchée par ton texte.

  • Nathalie

    12 avril 2016 at 20 h 39 min Répondre

    Putain ! Ils sont durs tes billets « Comment ça commence ? » ….

    • Agoaye

      19 avril 2016 at 18 h 55 min Répondre

      Tu as raison.
      En courts récits je me suis toujours plus épanouie dans le dramatique…

  • Petite ombre

    27 avril 2016 at 14 h 50 min Répondre

    la chute! Terrible! Un joli texte très agréable à lire et tu nous tient en haleine jusqu’à la fin !

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