Le bruit des bottes


Focus sur..., Ma vie d'associale, Ma vie de hippie, Ma vie en général / mercredi, mars 28th, 2018

1943

Il s’était porté volontaire au STO à la place de son frère ainé qui venait d’être papa. Il était donc parti en train avec la ferme intention de ne pas y rester trop longtemps.
A peine quelques semaines avant de s’enfuir, puis il décide de se réfugier dans la maison de sa future belle-famille, à l’abri dans une pièce cachée où sa fiancée viendrait le rejoindre toutes les nuits en cachette.
Mais les soldats le recherchaient et n’étaient pas décidés à abandonner les interrogatoires, il venaient tous les jours interroger la jeune femme qui les entendait arriver aux bruits de leurs bottes dans l’escalier.

Plus elle les entendait et plus son courage s’émiettait. Mais elle tint bon.

1990

Les souvenirs des bruits de bottes ont bercé mon enfance et mon adolescence. Très vite j’ai été mise au courant de l’histoire de ma famille… Cette fameuse maison dans laquelle j’ai moi aussi été élevée n’a pas abrité que mon grand-père, mais également deux familles juives, l’une à la cave, l’une au grenier.
On m’a raconté, nous allions même rendre visite à l’une des femmes qui, après avoir été cachée, avait gardé le contact avec ma grand-mère, je contemplais les objets gardés par mon grand-père, j’écoutais les anecdotes de la guerre…

Pépé était Gaulliste, maman était Mitterrandiste… Je voyais les étincelles entre ces deux-là !

2000

Je vote car j’ai étudié l’histoire et que j’ai une vague notion des erreurs du passé… Tout en me situant indiscutablement à gauche, je m’interrogeais tout de même sur la nécessité d’un ordre et d’un pouvoir.
Non, l’extrémisme ne me faisait pas si peur que ça et j’en caressais les idées d’un doigt distrait.

« Ni Dieu ni maître » et autres slogans séducteurs ont su bercer mon oreille et même parfois mes idées. J’ai été une adolescente très en colère, et cette période était une introduction mal gérée de ce que je suis finalement aujourd’hui : intègre, entière et dans le refus de la médiocrité.

2018

Aujourd’hui, mon identité politique est en déclin. Pas par manque d’idées, au contraire, mais plutôt par désintérêt des idées proposées.
Toujours tirant nettement à gauche, je me dis aujourd’hui que les choses vraiment importantes pour moi ne peuvent tirer aucune aide de ce qui nous est proposé en politique. Où sont les défenseurs de l’Humanité ? de la Tolérance ? du Respect ? de notre rôle de simples invités sur une Planète Magique mais en danger ?

Ce dont je suis certaine, c’est que ce en quoi je crois ne se situe pas du côté des nationalistes et des rageux… Les identitaires patriotes et prêts à tout pour défendre une idée qu’ils jugent la seule valable me font épisodiquement très très peur.

On en a eu des frayeurs… Je ne pensais pas que la fille du monstre représentait un danger et pourtant… Ça a été un feu de paille mais il y a quand même eu un regain de flamme tricolore !
A chaque frayeur je me sentais en lutte… A chaque regain je perdais un peu plus foi en mes contemporains en voyant les scores… A chaque lendemain je me sentais un peu plus proche de ceux qui ont encore la force.

Aujourd’hui j’ai peur car je recommence à entendre un son familier…
J’entends le meurtre de onze coups de couteaux d’une vieille femme sans défense
J’entends le retour à l’ordre opéré par des individus cagoulés dans un lieu d’enseignement
J’entends le corps enseignant coopérant, voire participant à de violentes évacuations
J’entends des figures publiques se réjouir de morts, des figures privées pensant que « c’est bien fait »
J’entends le refus de secourir des humains en fuite
J’entends la non assistance à personne en danger de ceux qui n’ont pas « notre » nationalité
J’entends les poursuites judiciaires de ceux qui ont osé offrir leur aide
J’entends les exhortations à abandonner, à dénoncer, à être lâche
J’entends…

…oui je crois que je l’entends, moi, le bruit des bottes…

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10 réponses à « Le bruit des bottes »

  1. Tu peux ajouter également que tu entends la fin du choix : vaccins obligatoires, école à 3 ans obligatoire, etc…. Ce n’est pas parce qu’une majorité le fait déjà qu’il faut priver la minorité du choix qu’elle a fait !

    Viens, on va créer une communauté où rien de tout cela ne sera important ♥

  2. Les sons d’aujourd’hui nous remémorent ceux d’hier. Et tu as raison de les dénoncer. La lutte ne fléchira pas car la menace reste toujours d’actualité. Restons vigilants. La guerre d’aujourd’hui n’a pas de visage, car elle est sournoise, insidieuse et lâche. Alors oui, faisons entendre notre droit à la liberté, elle n’a pas de prix.

  3. Ça fait peur… il faut essayer de continuer d’y croire (croire en l’humain, croire en nous tous en tant que nation… si on arrive à ne pas passer notre vie à nous déchirer et nous diviser…), mais c’est parfois dur face à toute cette violence.

  4. Tout à fait, mais malheureusement, beaucoup de gens n’y sont pas prêts. Il faut avancer vers de plus en plus d’ouverture mais ça ne pourra se faire que progressivement, et en attendant, nous rassembler collectivement en tant que société est sans doute encore préférable au fait de diviser les communautés, les groupes sociaux ou vivre dans l’individualisme… Même si bien sûr, ça entraîne des effets pervers. Tout ça est compliqué !

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