Le jour des anges – Chapitre 1

Chapitre 1

Lorsque Samantha était gamine, elle était plutôt du genre timide. Comme elle était la dernière d’une famille qui comptait déjà trois garçons, elle n’avait jamais trop l’occasion de s’affirmer, ou même d’oser affirmer sa différence de petite fille parmi ses pré-ados de frères.
Ses parents étaient présents, et aimants, bien entendu, mais absorbés par leur travail et la farouche volonté de garder une vie d’adulte à part entière, ils optaient la plupart du temps pour une éducation bienveillante basée sur l’autonomie et la responsabilité de chacun de leurs enfants.

Cette méthode fonctionnait d’ailleurs relativement bien.

Rayan est l’aîné. Il a toujours été un élève performant bien que turbulent. Il recherchait cependant toujours une image féminine à laquelle il pouvait dévoiler toutes ses capacités, ses maîtresses contaient ses louanges à ses parents alors que ses maîtres n’arrivaient jamais à le canaliser.
Le schéma se reproduit alors à l’identique tout au long de sa scolarité, jusqu’à son intégration dans la vie active. Aujourd’hui Rayan travaille au sein d’un grand groupe financier sous les ordres directs de Mme Clémentine Fouchard et il est très heureux ainsi.

Le second garçon de la fratrie, Simon (à prononcer à l’anglaise, Saïmone… S’il vous plaît) était un enfant d’emblée très autonome et particulièrement sage. Il pouvait rester des heures entières en pleine contemplation de cette vie qui s’agitait autour de lui. Ce n’était pas une façon de tirer au flanc, mais cela dénotait simplement une nature contemplative et un désir de prendre son temps pour comprendre les choses avant d’agir.
L’avantage de ce trait de caractère est la capacité de son propriétaire à l’autodidaxie. Déjà tout gamin, Simon s’amusait à démonter le moindre appareil électronique pour comprendre son mode de fonctionnement et envisager l’éventualité de peut-être un jour pouvoir l’améliorer.
C’est cette façon de réfléchir qui l’a propulsé parmi les meilleurs candidats du concours Lépine en 2014 avec l’invention du phare-stop arrière progressif pour équiper les véhicules à moteur.
Son invention est en passe d’être réétudiée après le rachat de son brevet par un grand groupe automobile allemand. Évidemment il a été invité à rejoindre l’équipe des ingénieurs qui plancheront sur l’objet, il acceptera après s’être débarrassé de la formalité d’apprendre l’allemand (seul, en trois semaines sur internet).

Pour le dernier des trois garçons en revanche, le système éducatif un tantinet libertaire des parents a causé plus de problèmes.
Marty avait besoin de règles et de repères et cette trop grande permissivité lui a vite donné envie de tester son entourage en permanence. Il n’a jamais été bien méchant mais plutôt particulièrement pénible et insolent. Les seules fois où il a été vraiment calme, furent celles où il se faisait remettre à sa place par ses frères.
Pour tenter de pallier à cette situation qu’ils n’avaient clairement pas du tout envie de gérer, ses parents ont ainsi très vite décidé de l’inscrire en filière sport-étude en pensant que l’exercice physique pourrait mettre fin à ses rebellions morales.
Marty n’a jamais été plus loin que quelques qualifications départementales mais a rapidement choisi de fonder une famille avec son compagnon, lui-même champion de France de 110m haies en 12 secondes et 43 centièmes.
Ils adoptent rapidement Issa et Amar, des jumeaux d’origine sénégalaise et Marty décide de rester à la maison pour s’en occuper à temps complet.

C’est donc au milieu de toutes ces fortes personnalités qu’a grandi Samantha. Elle ne se plaignait pas, elle était relativement entourée par ses grands frères.
Rayan représentait le côté structuré, il aimait lui donner des ordres sur la manière d’organiser sa vie, sur la façon de s’habiller le matin, sur les différentes manières de s’y prendre pour apprendre les leçons. Il ne s’y prenait pas toujours très bien, parfois même un peu brusquement en la faisant pleurer, mais ses conseils étaient souvent très judicieux et ont contribué à développer l’esprit pragmatique de la petite fille.
Simon restait le calme, le serein, le confident. Elle pouvait passer des heures à côté de lui en le regardant monter et démonter en boucle ordinateurs portables ou appareils photos argentiques trouvés en brocante. Parfois il lui expliquait ce qu’il faisait, lui nommait telle ou telle pièce et en lui précisait le fonctionnement, et parfois il ne disait rien, si concentré à sa tâche qu’il en oubliait même la présence de sa sœur. Dans ces moments-là, Samantha savait bien qu’elle devait rester discrète et ne se risquait à aucune question.
Curieusement, c’est encore de Marty que Samantha se sentait la plus proche, peut-être parce que c’est avec lui qu’il y avait la moins grande différence d’âge, mais surtout parce qu’elle admirait cette rébellion sauvage, ce côté grande gueule dont elle était spectatrice à chaque fois qu’elle le revoyait.
Plus elle le voyait, et plus ce trait de caractère insoumis déteignait sur elle. Une fois adulte, c’est toujours lui à qui elle rendait visite le plus souvent. Elle était même la marraine d’Issa et adorait ses neveux.

Au sein de cette famille s’expliquent donc les quelques influences majeures de l’éducation de Samantha, mais il y en eu évidemment plein d’autres.

Le côté petite protégée de ses trois frères exacerba en Samantha un soupçon d’attitude d’enfant gâtée auquel s’ajoute une pointe de manières de garçon manqué.
Et si son côté timide perdurera durant toute son enfance, le passage de l’adolescence marquera en elle un énorme tournant.

A cette époque, elle vivait donc avec ses parents, Rayan et Simon.
Il y avait déjà quelques années que Marty était parti en internat et qu’elle ne le revoyait que lors de ses retours mensuels, qui cependant affectaient à chaque fois un peu plus la jeune fille.
Elle devint capricieuse, orgueilleuse voire même condescendante. Cela ne l’empêcha pourtant pas de se constituer une petite troupe d’amies fidèles qui l’adoraient et l’auraient suivie jusque dans les flammes de l’enfer.

Physiquement parlant, Samantha avait eu l’opportunité de prendre de l’assurance et de se faire admirer de ses camarades, filles et garçons. Elle abordait à présent de superbes formes qu’elle mettait en valeur en abordant un style néo-goth-steampunk qui lui allait particulièrement bien. Les hommes étaient sous le charme et les filles fascinées.
Son esprit rebelle collait plutôt bien avec le reste du personnage et son j’m’en foutisme latent lui permettait de se simplifier la vie la plupart du temps.
Petit à petit, son look évolua, elle abandonna ses colorations capillaires noir ébène, se mit à mieux cacher ses nombreux tatouages par des tenues vestimentaires un peu plus conventionnelles (mais toujours un tantinet provocantes) et mit parfois de l’eau dans son vin, du coca dans son rhum.

C’est ainsi qu’elle parvint rapidement à la tête d’une petite agence de voyages indépendante et qu’elle eut les moyens de s’offrir un appartement convenable au cœur de Paris et une vie de sorties, de loisirs et toujours entourée d’une tribu d’amis en tous genre.
D’ailleurs, c’est par eux que le drame arriva…
C’est le soir de la grosse fête chez Marie qu’elle mourra.


 

Ceci est le premier chapitre du roman commencé pour le défi du NaNoWriMo de novembre 2015. Je vous propose d’en retrouver un chapitre par semaine, le mercredi.
L’idée de cette histoire remonte à l’un de mes vieux billets.
Ce roman en sera la genèse.

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush…
Dans notre monde, la réalité est bien différente !

21 Comments

  • Julien

    16 décembre 2015 at 14 h 03 min Répondre

    Bonjour,

    ca me semble pas mal.

    Juste une petite remarque (sinon ce ne serait pas moi) : je suis parfois perdu dans les changements, d’une phrase à l’autre, entre passé et présent. Du coup je trouve cela parfois confus.

    Ce n’est bien sur que mon avis.

    • Agoaye

      19 décembre 2015 at 13 h 43 min Répondre

      Oui, je vois ce que tu veux dire. Concrètement, c’était le début de l’écriture, je venais tout juste de m’y mettre et les idées arrivaient exactement en même temps, du coup c’est assez brouillon, je trouve aussi quand je le relis.

      Mais je vous fournis la version brute, sinon c’est pas drôle :)

  • mattyllde

    16 décembre 2015 at 15 h 35 min Répondre

    J’aime bien, ça donne vraiment envie de lire la suite. Je n’ai pas remarqué les changements de temps, donc ça n’a pas dû me gêner, mais il y a beaucoup d’informations pour un début. (Et rappelle -toi, je lis ça à J-2 des vacances de Noël, mon cerveaux à des capacités très limitées lol). En tout cas hâte de lire le chapitre 2.

    • Agoaye

      19 décembre 2015 at 13 h 44 min Répondre

      La foultitude d’information est voulue, je voulais assurer mes arrières pour la suite. Bonne vacannnnnces :)

  • flipperine

    16 décembre 2015 at 19 h 39 min Répondre

    une belle histoire

  • Nathalie

    16 décembre 2015 at 22 h 01 min Répondre

    Dire que je l’attendais ne serait qu’un doux euphémisme . Merci pour ce premier chapitre . Tu vas nous faire saliver combien de semaines avec ce roman ? As tu l’intention de le finir hors du contexte Nanowrimo ? Moi je l’espère en tout cas …

    • Agoaye

      19 décembre 2015 at 13 h 49 min Répondre

      Oh, je te remercie pour ces encouragements, j’avoue que cette semaine ma fatigue et ma sinusite m’ont un peu privées de ma motivation et de mes idées positives.

      Je pense qu’on peut dire qu’on part pour une longue saga (je n’ai pas compté les chapitres mais il y en a), et l’un des buts non-avoués pour lesquels je vous partage cet écrit est de réussir à me laisser motiver pour le finir !

  • jenesuispasunesupermaman

    17 décembre 2015 at 0 h 46 min Répondre

    J’aime malgré la foultitude d’informations à retenir pour se repérer dans cette fratrie. J’ai envie de savoir pourquoi et comment Samantha va mourir et qui est cette Marie. C’est marrant, en deux phrases tu casses complètement le reste du chapitre très descriptif. Petite remarque ne dit-on pas pallier quelque chose? Bref… CONTINUE

    • Agoaye

      19 décembre 2015 at 13 h 53 min Répondre

      Rho merci…. Je pense que j’ai gardé le pli de toutes ces nouvelles « à chutes » que j’écrivais quand j’étais jeune.

      Alors j’ai toujours dit « pallier à » mais je vais me renseigner… (De toutes façons, je vous fournis la version brute, exempte de toute relecture)

  • Emilia

    17 décembre 2015 at 17 h 57 min Répondre

    Même remarque sur les changements de temps mais sinon j’adore! pressée de lire la suite

    • Agoaye

      19 décembre 2015 at 13 h 59 min Répondre

      Je pense que ça disparaîtra à la relecture en effet !

  • Petite ombre

    19 décembre 2015 at 11 h 23 min Répondre

    ah la suite!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Je me souviens de ton billet avec ses anges perchés au dessus de ton berceau lol….
    Bel entrée avec ce premier chapitre!!!

    • Agoaye

      19 décembre 2015 at 14 h 02 min Répondre

      Oh merci….
      La suite mercredi prochaiiiiin :)))
      (contente que ça te plaise)

  • Marionle6tron

    13 janvier 2016 at 14 h 36 min Répondre

    Heureusement que je m’y mets qu’aujourd’hui parce que pétard quel cliffangher !!!!!

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 42 min Répondre

      Héhé, oui… Tu as quelques épisodes d’avance !

  • Guillemette

    13 janvier 2016 at 19 h 58 min Répondre

    Intéressant, je suis curieuse de savoir la suite :) (Pas d’attente vu que j’arrive avec du retard…)
    Si je puis me permettre, il y a juste quelques petites fautes d’inattention : « un désire de prendre son temps », « mettre fin à ses rebellions morales. », « en abordant un style néo-goth-steampunk » et « et mis parfois de l’eau dans son vin » (mit). Minime ;)

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 36 min Répondre

      Encore merci, je file corriger tout ça (il faudra me présenter la facture à la fin :))

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