Le jour des anges – Chapitre 17

Chapitre 17

Paul est effondré, il ne pensait pas que sans lui, là-bas, là où il avait vécu, la vie continuait. Il se culpabilise d’avoir été si égoïste finalement.
Depuis son arrivée, il n’arrête pas de s’extasier sur le moindre détail, de se dire que tout est formidable et qu’il a une chance inouïe, qu’une formidable l’aventure l’attend, et en plus, pour couronner le tout, il a même été charmé par sa nouvelle collègue…

A aucun moment il n’a pensé à sa femme, au vide qu’il lui laissait, à la perte qui était la sienne. Il s’en veut tellement qu’il serait prêt à se frapper ! Et puis il est si triste de cette nouvelle… Elle va avoir un enfant de lui alors qu’il n’est plus là, elle va devoir tout assumer, et regarder chaque jour cet enfant qui lui rappellera son mari décédé.

Un tas de sentiments plus désagréables les uns que les autres s’entremêlent en lui. La tristesse et la culpabilité bien sûr, mais également un soupçon d’injustice, une pointe de dégout et une larme de jalousie.
De la jalousie parce que maintenant l’attention des vivants se portera sur elle, sa femme toute seule à élever un enfant, et les gens ne penseront plus à lui. Lui, il est juste mort.

Paul s’indigne de cette dernière pensée, il ne sait même pas comment il en est venu à imaginer ça, est-il à ce point un homme horrible ?
D’un geste de la main, il chasse tout ça et reprend la parole :

– Elle a besoin de savoir si elle doit le garder.

Sa co-équipière et l’ange l’avaient bien compris, mais ils attendaient que ce soit lui qui le dise. Ok, c’est fait… Maintenant comment faire pour décider une telle chose ?

– Paul, tu la connais par cœur, alors il me semble évident que c’est à toi de prendre cette décision, quelle qu’elle soit je te suivrai ! annonce Samantha, mais Nithaël ne semble pas de cet avis.

– Vous devez tout de même en parler, et peut-être même encore plus que s’il s’agissait d’une personne inconnue. Samantha tu dois livrer le fond de ta pensée à ton collègue, même si tu crois que ça risque de le blesser, c’est la manière dont les choses fonctionnent. Si tu te contentes de te rallier à son avis, alors l’influence ne sera pas envoyée.
– Mais si ce qu’il décide est tout de même très bien et que je me convaincs très fort que c’est la bonne solution, ça fonctionnera, je suis sûre que ça va marcher.
– Non Samantha, si tu n’y crois pas profondément il n’y aura pas d’osmose, pas de halo, rien, et le hasard prendra la main.

Ils se taisent et se tournent vers Paul.

– Je pense qu’elle ne doit pas garder ce bébé. Je pense qu’elle doit tirer un trait là-dessus et détruire tout ce qui vient de moi, y compris ça. Pour ne pas souffrir et refaire sa vie à zéro, comme si je n’avais jamais été là.

Il sait que Samantha n’est pas d’accord, ç’aurait été trop facile. Mais c’est réellement ce qu’il se dit à l’instant présent.

– Eh bien moi je pense que tu te goures et qu’un bébé n’a jamais détruit la vie de personne. Elle l’a tellement désiré, c’est ce que j’ai capté presque en premier, juste après la surprise. C’est ça le truc, elle pleure dans cet ordre : un, elle est surprise ; deux, elle est soulagée parce qu’elle est enfin enceinte et ensuite, ben trois…
– Trois elle a peur de ne pas être capable de l’élever seule et quatre je suis mort. La coupe Paul
– Oui, bah les deux premières raisons elles penchent quand même en ma faveur !!

L’ange les regarde débattre sans s’en mêler. Paul se rappelle alors de ce que ce dernier lui a dit tout à l’heure en arrivant, lorsqu’il était encore sous le choc de retrouver ces lieux familiers. Il peinait à remettre les choses à leur place dans sa tête, il n’avait même pas reconnu son appartement de prime abord, il savait juste que cet endroit lui était connu et que ça ne présageait rien de bon, et puis l’ange lui a mis la main sur l’épaule et ne lui a parlé qu’à lui, comme dans sa tête.

« C’est un moment difficile mais vous allez arriver à le surmonter tous les deux, Samantha et toi. Fais-lui confiance et ne t’écoute pas trop. Essaye de mettre de côté tes sentiments personnels, ça sera la partie la plus dure. Ne pense qu’à l’humain qui reste. Fais dans l’intérêt de l’humain qui reste, lis en elle et fais au mieux pour elle, pas pour toi. »

C’est à ce moment-là que Samantha avait crié qu’il s’agissait de sa femme et c’est là aussi qu’il avait compris.

– Tu penses que son désir de garder l’enfant est plus grand que l’angoisse de ne pas savoir comment l’élever ?
– Oui, lui répond franchement sa coéquipière.
– Tu crois qu’elle sera heureuse et que l’enfant ne lui rappellera pas trop ma perte ?
– Je crois qu’il lui fera penser à toi, mais je crois aussi qu’elle sera comblée… Si elle avorte elle aura vraiment tout perdu.

Paul entend ces paroles et les trouve très justes. Oui, il est d’accord. Il le lui dit et ils se donnent la main.
Halo argenté, paillettes, puis tout disparait.


Nouveau chapitre du roman commencé pour le défi du NaNoWriMo de novembre 2015. Retrouvez-en un par semaine, le mercredi.
L’idée de cette histoire remonte à l’un de mes vieux billets.
Ce roman en sera la genèse.


 

Table des matières :

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush…
Dans notre monde, la réalité est bien différente !

4 Comments

  • Vanessa Mère Débordée

    13 avril 2016 at 9 h 47 min Répondre

    Je suis toute émue. Vivement la suite

    • Agoaye

      19 avril 2016 at 18 h 55 min Répondre

      Et moi je suis émue que tu suives cette histoire avec autant d’enthousiasme. Merci !

  • Nathalie

    13 avril 2016 at 20 h 57 min Répondre

    Même Paul a ses failles ; ça fait du bien !

    • Agoaye

      19 avril 2016 at 18 h 53 min Répondre

      J’aime beaucoup ce personnage, il y a beaucoup de gens que je connais à l’intérieur ;)

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