Le jour des anges – Chapitre 2

Chapitre 2

Marie est l’une des plus vieilles amies de Samantha. Lorsqu’elles se sont rencontrées sur les bancs de la faculté d’économie, elles se sont détestées au premier regard. Chacune s’est aperçue du très fort caractère de l’autre et elles ont toutes les deux cru qu’il s’agirait là d’une incompatibilité irrémédiable.

C’est un soir après les cours que leurs positions ont été révisées. Un mec un peu pressant s’en est pris à Marie, bien que se débrouillant très bien toute seule Samantha lui est tout de même venue en aide pour écarter le parasite et l’amitié entre les deux filles en a été naturellement scellée.

Ensemble, elles ont rapidement appris les horaires de fermeture des derniers bars parisiens, elles se sont souvent soutenues après des histoires de cœur ou de cul mal terminées, elles ont beaucoup parlé de leurs rêves et leurs désirs et surtout elles se complétaient vraiment bien lorsqu’elles partent faire du shopping.
Samantha a toujours eu tendance à vouloir tout acheter, et en particulier ces petites pochettes sac-à-main assorties à toutes les nuances de sa garde-robe. Marie la raisonnait parfois à grand coup de critiques franches et abruptes.
Parfois elles passaient des semaines sans s’appeler mais se retrouvaient ensuite comme si elles s’étaient quittées la veille.

Le jour où Marie invita Samantha était justement la suite d’une de ces périodes durant lesquelles elles ne se donnaient pas beaucoup de nouvelles. Après une énième rupture, Marie avait été durant quelques mois en quête d’un appartement adéquat et venait juste de le trouver. La bonne nouvelle lui avait donné une occasion d’appeler sa copine afin de l’inviter à sa grosse pendaison de crémaillère.

Le soir de la fameuse fête, Samantha était surexcitée à l’idée de découvrir le nouveau lieu de vie qu’avait dégotté son amie. Elle était également très curieuse de rencontrer les autres invités, elle qui était sans cesse en quête d’un amour ou d’un amant potentiel, Marie lui avait promis près de 30 nouvelles têtes !
Pour l’occasion, elle avait enfilé une petite robe noire assez banale de prime abord mais révélant des pièces de dentelles savamment transparentes selon l’exposition lumineuse, une coûteuse paire d’espadrilles aux talons démesurés et s’était munie de sa dernière acquisition, une pochette Chanel absolument fantastique.

A l’heure prévue, elle débarqua dans le petit immeuble du 15ème arrondissement avec une bouteille de champagne et une plante en pot.
La plupart des invités n’étaient pas encore arrivés, mais Samantha arriva toutefois à trouver un homme passablement à son goût, il s’agissait du patron de son amie. Elle se rapprocha stratégiquement afin de tenter une amorce de conversation.

Lorsque la sœur de Marie arriva avec son premier enfant, Samantha trouva son idée d’emmener un gamin de trois mois et demi à une pendaison de crémaillère assez incongrue, voire tout à fait stupide. Elle espéra fortement que la soirée ne fut pas gâchée à cause de ce microbe.
Elle n’aimait pas vraiment les enfants. Néanmoins, celui-ci ne la gêna pas trop, il ne pleurait pas et sa mère n’avait pas encore l’attitude exaspérante des mères poules qui désirent ardemment que tout le monde se bouscule pour admirer leur progéniture.

C’est ainsi qu’au coucher du soleil, et afin d’admirer les premiers scintillements de la Tour Eiffel qu’on voyait de là, tous les invités se retrouvèrent sur le balcon, coupe à la main, bébé dans les bras, pochette Chanel entre les doigts…

Absorbés par le spectacle du symbole de Paris se parant de son habit de lumière, personne ne vit le bébé empoigner la pochette Chanel, et personne ne comprit trop bien les enchaînements de mouvements qui suivirent.
Le bébé tira sur la pochette, Samantha crut à une mauvaise blague et tira plus fort, la mère était en équilibre, le bébé chavira par-dessus le garde-corps, Samantha voulut rattraper le coup et tous deux tombèrent en même temps.

C’était long et court à la fois, surtout pour Samantha. Elle revu quelques infimes détails de sa courte vie, un carnet intime à la couverture rose pailletée ornée de licornes, elle repensa à Géraldine Villemin qu’elle détestait en CM2, elle se dit qu’elle avait oublié d’arroser le ficus de la cuisine, elle imagina même ce qu’elle allait répondre au beau brun quand il proposerait de la raccompagner chez elle après une chute si spectaculaire.
Machinalement, elle eut la présence d’esprit de récupérer sa pochette dans sa chute et par la même occasion, le maudit bébé.

Il était 21h04 lorsqu’elle ne pensa plus à rien.
Elle avait le crâne fendu en deux et la jambe gauche tordue d’une manière absolument anormale.
De ses bras, elle avait protégé l’enfant bien malgré elle. Il était inconscient, choqué, mais vivant.

Et c’est ce minuscule détail qui lui valut sa place d’ange.


Voici un nouveau chapitre du roman commencé pour le défi du NaNoWriMo de novembre 2015. Je vous propose d’en retrouver un par semaine, le mercredi.
L’idée de cette histoire remonte à l’un de mes vieux billets.
Ce roman en sera la genèse.


 

Table des matières :

Chapitre 1
Chapitre 2

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush... Dans notre monde, la réalité est bien différente !

17 Comments

  • flipperine

    23 décembre 2015 at 12 h 09 min Répondre

    un malheur dans cette maison

  • Petite ombre

    23 décembre 2015 at 15 h 13 min Répondre

    punaise le bébé a eu un sacré ange gardien !!!! Tu a été bien méchante de la faire mourir de cette façon lol!

    • Agoaye

      26 décembre 2015 at 0 h 05 min Répondre

      C’est une mort qui lui va bien :))

  • Nathalie

    24 décembre 2015 at 18 h 48 min Répondre

    Bien , on entre dans le vif du sujet ! à la semaine prochaine …

    • Agoaye

      26 décembre 2015 at 0 h 00 min Répondre

      Exactement… Ça avance un peu :)

  • Julien

    28 décembre 2015 at 13 h 43 min Répondre

    Juste une petite remarque : trois mois et demi cela me semble jeune pour tirer sur une pochette.

    Mes enfants sont plus agés désormais mais de mémoire à trois mois ils font pas grand chose. A ta place je mettrais six mois. Ca reste un bébé mais il bougera plus.

  • Guillemette

    13 janvier 2016 at 20 h 03 min Répondre

    Une fin qui intrigue ! Samantha en ange, ça risque d’être intéressant ;)
    Je refais ma petite correctrice (frappez-moi si je dois me taire) : « Samantha cru à une mauvaise blague », « Samantha voulu rattraper le coup »et « elle imagina même ce qu’elle allait répondre au beau brun quand il proposera de la raccompagner » (concordance des temps, proposerait).

    • Agoaye

      17 janvier 2016 at 18 h 36 min Répondre

      Ah non mais merci beaucoup pour ces corrections (je les corrige en direct du coup) (je suis tellement nulle en concordance des temps)

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