Le jour des anges – Chapitre 25

Chapitre 25

– Nitha, ne te vexe pas surtout hein, concrètement il est excellent ton champagne, pas de soucis, mais c’est normal qu’on ne soit pas bourrés ? Enfin je ne regrette pas mes gueules de bois apocalyptiques, c’est pas ça, mais la petite ivresse sympatoche qui nous faisait sentir invincibles, elle est où ?

Paul et Samantha ne s’étaient pas aperçus de l’absence de l’ange et continuaient à profiter de leurs coupes de champagnes demandées à la fin de la précédente mission.

Depuis leur retour, ni l’un ni l’autre des deux apprentis n’avaient décroché un mot. C’était comme si leurs argumentations au moment où ils doivent se décider à influer sur un terrien leur pompaient toutes leur forces.

Même si Samantha semble avoir un peu plus accepté la situation qu’au moment de sa mort, elle redoute tout de même d’y repenser trop souvent. Elle ne s’arrête pas de s’investir dans ce qu’on lui demande, elle profite de se découvrir de nouveaux pouvoirs, de nouvelles capacités. Avec tout ça elle évite de penser à sa petite personne et au changement radical que lui a amené son décès.
Elle se complait dans une sorte d’euphorie du moment en espérant de toute son âme que la mélancolie ne lui retombe pas dessus à un moment ou à un autre.

Du coup, l’effet de l’alcool lui manque lorsque l’action s’arrête. Quand elle se retrouve dans l’immensité avec ses deux compagnons, elle sent qu’elle est au bord des pensées malheureuses. Paul ne lui parle pas, elle ne le fait pas non plus, il ne lui reste plus qu’à penser, rien d’autre à faire, même pas un humain dans lequel lire des détails croustillants.

Elle s’est d’ailleurs demandée pourquoi elle n’avait pas envie plus que ça d’adresser la parole à Paul en dehors de leurs petites virées angéliques. La raison précise lui échappe mais elle pense que ça la découragerait plus qu’autre chose.
Ça a l’air d’être un mec bien, à part lors de l’épisode où il a été appelé, il a toujours l’air serein et satisfait de son sort… Sam n’a jamais beaucoup porté ce genre de personnes dans son cœur, pour elle il s’agit de petites gens qui se satisfont de ce qu’ils ont et qui se contentent de traverser la vie dans faire de vagues.
Elle ne comprend pas ce trait de caractère, celui de ceux qui ne veulent pas déranger, pas se faire remarquer, qui veulent avoir un trajet tout lisse, dans les règles de l’art et sans ressentir d’émotions fulgurantes.

Elle a connu un garçon comme ça lorsqu’elle était plus jeune. Elle avait 18 ans et lui 15. Par le plus grand des hasards elle en était tombé amoureuse, parce qu’il était blond et que dans ses yeux elle pouvait voir tout le ciel des journées de juillet… Son Petit Prince à elle.
Elle passait des après-midis entiers couchée dans l’herbe avec lui, la tête sur son épaule et ses cheveux dans les yeux. Il lui récitait des quatrains et elle trouvait ça génial, elle qui retrouvait sa bande de potes pour fumer des pétards dans un box de cité seulement quelques heures après…

Elle avait souvent eu de tels grands écarts dans sa vie terrestre… L’avantage indéniable d’être curieuse et de s’intéresser à tout.

Mais le problème c’est que ce garçon était aussi barbant que bon orateur. Et elle s’en rendait compte de plus en plus fréquemment. Il essayait de voir du positif partout et toujours, il poussait sa contemplation à l’extrême, quitte à passer pour un lent d’esprit, et puis il se comparait…
Et ça c’était le pire ! C’est le détail qui a poussé Sam à provoquer la rupture.
Ils étaient arrivés en retard et avaient loupé leur RER ? Ce n’est pas grave car il y a des gens qui meurent dans le monde à chaque minute…
Le prof de biologie avait collé Sam pour insolence 4 heures le seul jour de la semaine où ils pourraient se retrouver au parc ? Ce n’est pas grave car ils sont tous les deux en bonne santé et ont la chance de vivre dans un pays civilisé…

Ce genre de paroles dégoulinantes de mièvreries mettait la jeune femme hors d’elle, et elle tentait de lui expliquer en hurlant que ce genre de manœuvres destinées à donner bonne conscience aux petites gens étaient aussi stupides qu’inacceptables.
« On ne peut comparer que ce qui est comparable, soit soi-même à des périodes différentes, et encore ! » Disait-elle.

Du coup elle fourra sa langue dans la bouche de son meilleur ami histoire de voir quelle formidable excuse humaine le jeune homme allait lui servir.
Elle ne le sut jamais car il disparut d’un coup sans plus jamais lui donner signe de vie. Manifestement elle avait réussi à étouffer sa bienveillance inconditionnelle.

 


Dernier chapitre du roman commencé pour le défi du NaNoWriMo de novembre 2015 puis poursuivi pour le défi de 2016.
L’idée de cette histoire remonte à l’un de mes vieux billets.
Ce roman en sera la genèse. Il est cependant probable qu’il reste inachevé


 

Table des matières :

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush…
Dans notre monde, la réalité est bien différente !

4 Comments

  • Nath

    7 décembre 2016 at 21 h 34 min Répondre

    J’ai de plus en plus l’impression de te voir dans Samantha :)

    • Agoaye

      11 décembre 2016 at 15 h 14 min Répondre

      En vrai, je suis tellement narcissique que je suis dans chacun des personnages… Sauf dans Nithaël, qui lui est vraiment trop sage pour moi :)
      Mais pour tout avouer, Samantha n’est pas celui dans lequel j’apparais le plus :)

  • Isis

    7 décembre 2016 at 23 h 07 min Répondre

    Me too :-)

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