Le jour où… ma mère a épousé une femme.


Ma vie en général / mercredi, mai 7th, 2014

Le jour où… ma mère a épousé une femme.

C’était il y a un peu plus de six mois. Et ça a été quelque chose !

Ma mère est la personne dont je suis le plus proche au monde (forcément, les premiers temps je n’ai eu qu’elle). Je ne l’ai jamais connue avoir une heureuse longue relation avec un homme… Ainsi, lorsqu’elle m’a annoncé être tombée amoureuse en 1996, ce fut la première surprise. Qu’elle le soit d’une femme était la seconde.

Franchement je vous mentirai si je vous disais que tout s’est bien passé. En plein milieu de l’adolescence, avec le seul repère masculin de la maison qui meurt à l’hôpital (mon grand-père), l’idée incongrue que ma mère s’envoie en l’air avec une femme ne m’a pas super enthousiasmée… Parce que moi c’est le cul que je voyais, pas l’amour…

J’ai refusé de partager leur toit. Il a fallu me déménager… Heureusement à l’époque nous avions une grande maison et quelques dépendances rendues habitables pour l’occasion.

Il était évident que je n’acceptais rien de l’autre femme. Ni compliments, ni remontrances… Elle l’a bien compris et s’est efforcée de rester effacée, et de s’imposer avec le temps…

Quelques années après, j’avais cessé de la regarder en chien de faïence, je m’étais habituée et je trouvais même que la vie était plus agréable depuis qu’elle était là. Forcément, voir ma mère heureuse était surprenant mais finalement bénéfique !

J’ai été la première a être mise au courant du projet de mariage. Dès que la loi a été proposée, elles ont désiré en bénéficier et ont commencé à tout préparer.

Officiellement on célébrera leur amour (et le premier mariage pour tous de la commune).
Officieusement, elles le font pour moi, car ce n’est finalement qu’une étape dans un processus à présent enclenché afin que je ne sois légalement pas lésée s’il arrive quelque chose à l’une ou l’autre (elles ont une grande différence d’âge).
Mais surtout : ce sera l’occasion d’une fête, une vraie !!

Les mois précédent le mariage, ce furent elles qui se sont trouvées stressées et sous pression. Tout choisir, tout organiser, tout cadrer, réfléchir à tout. Maman avait peur d’interventions extrémistes, elle voulait certaines choses qu’elle ne pouvait pas oser : une association militante un peu haute en couleurs par exemple, qui pourrait choquer quelques membres de la famille un peu croyants ou un peu coinços…

J’ai peu participé à ces préparatifs là : elle m’énervait ! Elle n’arrivait pas à trancher pour ses désirs réels, elle se disait toujours « oui mais que vont penser les gens ?« … Plusieurs fois j’ai tapé du poing sur la table en vociférant un « mais on s’en fout, c’est VOTRE jour ! »

Finalement elle a choisi : Elles passeraient la nuit précédente à l’hôtel, me laisseraient la maison et les préparatifs du matin, elles arriveraient dans une vraie traction, une élue-amie officierait à la mairie, elles se dirigeraient vers la salle où se tiendrait une cérémonie « militante » menée par cette association, nous aurions le vin d’honneur ensuite, avec des jeux en bois et un magicien qui viendrait voir les gens, puis nous passerions à table pour une soirée animée par un groupe de « vrais » musiciens.

Parfait !

Curieusement, nous nous sommes échangés les rôles quelques semaines avant le jour du mariage : elles se sont détachées de tout, presque plus du tout stressées, tandis que moi je réfléchissais au moindre détail 23h/24…

Je voulais faire des surprises, des chansons, des discours, un arbre à vœux, un bocal collaboratif (parce que les gens pouvaient dormir sur place), la boîte à enveloppes, la déco, tous les détails gravitants autour de la colonne vertébrale qu’elles avaient échafaudée…

J’ai tellement été investie que j’en ai oublié de m’habiller. Alors non, je n’y suis pas allée à poil, mais je n’avais pas de fringues prévues, du coup j’ai voulu improviser le matin même et je me suis retrouvée habillée comme Maïté qui aurait soudainement perdu 85 kilos : une horreur ! La coiffure j’vous raconte pas, bref… moi j’étais hideuse.
Mais la journée a roulé comme par enchantement (et grâce aussi à mon mec de l’époque et à tous mes amis que j’avais briefés, et rebrifés, et rerebriefés).

J’ai dû à quelques reprises être un monstre d’autorité (le chauffeur de la traction en a eu pour son grade quand il a mal garé sa voiture en arrivant… Il ne l’a pas refait ensuite), et à 20 endroits en même temps parfois. Je n’ai pas profité, je n’ai rien mangé et j’étais exténuée. Mais ça valait le coup car le souvenir que les gens ont gardé de cette journée est à la hauteur de ce que Maman espérait.

La mairie a été un moment émouvant (j’ai failli verser ma larme en voyant leurs émotions à elles), la mairie était pleine à craquer. La cérémonie associative a été bien suivie aussi (seulement quelques invités -les réfractaires et les coincés- ne sont pas venus, ils ont patienté dehors comme des cons) et a été une découverte pour la plupart des gens. Le vin d’honneur était royal et les jeux en bois ont eu beaucoup de succès, malheureusement la nuit est tombée vite et nous avons dû rentrer. A l’intérieur, le magicien a continué à nous faire halluciner (il était bon, très très bon…) et l’entrée des mariées s’est déroulé presque comme prévu (c’est moi qui l’avait chorégraphiée, mais elles avaient tellement le trac qu’elles se sont un peu emmêlé les pinceaux). Le repas semblait bon, le groupe a mis une ambiance de fou et mes amis ont joué des morceaux que nous avions préparés (oui, je suis la seule de mes amis à ne pas faire de musique), nous avons chanté (faux, c’est l’émotion), les discours ont fait rire et sourire, j’ai même animé un jeu et nous avons dansé jusque très tard.
Et le lendemain midi rebelote pour ceux qui étaient restés.

Aujourd’hui, le jour où ma mère a épousé sa femme est l’un des jours type que quiconque pourrait souhaiter pour son mariage, et pas seulement les pro-gay, les anti-gay, ou les bien-au-contraire-gay, mais seulement et surtout car ça a été un jour organisé à leur image, avec leurs désirs et leurs attentes.

Et finalement ça n’a été « qu’un pas », qu’une officialisation de quelque chose qui existait déjà depuis 17 ans : une vraie vie ensemble.

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43 réponses à « Le jour où… ma mère a épousé une femme. »

  1. J’ai une vision un peu niaise du mariage, pour moi c’est l’occasion de faire une grande fête à la manière des banquets finaux d’Astérix en l’honneur de deux personnes qui s’aiment.
    J’en garde un très bon souvenir du mien (une fois les aspects pénibles de la préparation passés), le jour ‘J’ c’était génial, j’ai lâché prise pour en profiter, mais c’est passé beaucoup trop vite !!!

  2. coucou ,
    quel très beau récit
    pour moi le mariage c’est l union de 2 etres qui s aiment peut importe le sexe.
    j ai vécu 12 ans avec le pere de mes enfants sans etre marié et puis on s est séparé . un an plus tard je rencontrait un homme formidable avec lequel je me suis marié 6 mois plus tard . et début janvier nous avons féter nos 4 ans de mariage et dans quelques semaines nous allons feter nos 5 ans ensemble. en tout cas félicitations à ta maman si elle a enfin pu trouver son bonheur c est ce qui compte. bises

  3. C’est bien joué Mom 2 qui t’a laissé t’habituer et sortir de ta coquille d’ado, bravo à elle :) Surtout que maintenant vous êtes proches !
    Et j’imagine le stress à faire le premier mariage gay dans le climat de merde qu’il y avait, il y a déjà pas mal de trucs chiants à gérer avec un mariage, donc en plus le stress de comment ça va être pris ?!
    C’est super chouette que ça n’est pas ruiné leur journée !! Par contre ma pauvre, tu as l’air d’avoir subi niveau pression :P Tu me fais penser à tous les gens qui le jour de mon mariage me demandait si j’étais stressée alors que j’étais tranquillou pépèrou :)

    Moi le mariage n’était pas le couronnement de ma vie ou l’officialisation de mon union avec Juju, ça faisait déjà 8 ans qu’on était ensemble dont pas mal de vie commune. Mais c’est quand même une étape symbolique qu’on a été heureux de franchir, et puis la journée et le voyage était teeeelllement bien… Je me remarierais avec plaisir (dans plusieurs années !!)

  4. Je n’en ferai jamais un objectif/souhait/rêve, une célébration qui n’aura jamais lieu avant un minimum de 5 ans de « vie commune » (un éventuel bébé réinitialisant d’ailleurs ce compteur) avec une préférence pour des festivités plus intimes.

      1. Clair qu’en % le non au mariage l’emporte chez moi mais une femme à 200% pour peut trop facilement faire pencher la balance totale vers le oui (démocratie… mon cul, tricheuse plutôt).

  5. Pour moi, le mariage idéal se résume à un barbecue dans le jardin avec les proches très proches (famille et amis), rien à fiche de la robe de princesse !
    Mais ma mère ne voit pas les choses du même oeil, elle veut un grand mariage pour son unique petite fille.

    1. Rho tu sais que moi j’avais trouvé ma robe idéale il y a quelques années déjà (quand j’étais avec Johan)… C’était pas une robe de princesse mais un fourreau en dentelle quasi transparent. De quoi perdre 3 grands-tantes d’une crise cardiaque d’un coup !

  6. A reblogué ceci sur Blog d'une jeune catholique progressisteet a ajouté:
    Toutes mes félicitations pour ta mère et son épouse

  7. c’est un joli témoignage, et pour une fois, on a le regard d’un tiers au couple. Et tu as le mérite d’avoir évolué dans ton point de vue, en te rendant compte du bonheur et du bien être de ta maman.
    Ce devait être un beau mariage !

  8. Très bel article, vraiment ! Je n’ai rien de plus à ajouter, je vois que tout a été dit. J’ai trouvé ton article beau, voilà !

    Pour répondre à ta question sur le mariage… Eh bien je ne m’imagine pas me marier un jour. Je ne suis ni « pour » ni « contre », je n’ai même pas vraiment d’avis. Je sais juste que je n’ai jamais eu ce désir & que je ne l’aurai sans doute jamais.

  9. Pour moi, le mariage, ça n’as été qu’officialiser au regard de la lois ce que l’on vivait déjà et aussi protéger mes filles dans le cas où il arriverait quelques choses à l’un de nous deux.

  10. J’avais pas commenté ce billet? Non? Sérieux? Pourtant je me souviens l’avoir lu… ben alors?
    Pour nous le mariage c’est no way…
    Mais pour tes mômans comme tu les appelles, ce fut une belle journée visiblement. Et ton texte est à la hauteur de toutes ces émotions!

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