Les profs et leurs vacances !

002Petit à petit le temps passe… Lentement car je n’aime absolument pas ce que je fais et où j’enseigne en ce moment

J’attends les vacances avec une impatience si grandissante qu’elles occupent mes pensées environ 26 heures sur 24 en ce moment ! J’en rêve ! J’en crève…

Et là je sais ce que vous vous dites… Je vois votre sourire à moitié amer, et je lis dans vos pensées… Je connais l’argument qu’inévitablement vous auriez avancé si nous nous étions rencontré à un dîner entre amis et que j’avais prononcé ces simples mots : « j’en peux plus, vivement les vacances »…. Vous auriez rétorqué machinalement : « pfff, de toutes façons, vous les profs, vous êtes constamment en vacances ! »

Alors oui… Oui c’est vrai nous avons plus de vacances que la plupart des autres corps de métier… Je ne le nie pas ! Je ne vous ferai pas non plus l’affront de vous avancer l’argument comme quoi nous ne sommes payés que 10 mois mais étalés sur 12 (oui parce que c’est une légende ça…. ). Oui on a plein de vacances et oui, on est payés tous les mois… Mal ! Mais tous les mois.

Nan mais moi ce que je peux vous raconter c’est le déroulement type d’une période de « petites vacances », (celles qui durent 2 semaines) concrètement et pour de vrai…

Premier week-end :

Alors le vendredi à 16h30, t’as exulté, t’es aussi content que les gamins mais aussi fatigué qu’une grabataire qu’on aurait emmené faire un 100m (et un 100m haies en plus)… Samedi tu dormiras jusqu’à 14h histoire de marquer le coup (et aussi parce que finalement sans réveil c’est mission impossible d’émerger avant). Ta gorge te gratte un peu !

Ta directrice a cru bien faire en organisant un dîner pour fêter les congés, ce soir dans le réfectoire de l’école… Comme t’es une prof jusqu’au bout des ongles et que pour décrocher il te faudrait une ventouse XXL, et bah tu y vas et tu parles de tes élèves toute la soirée, de où tu en es dans tes progressions, de comment tu parles de Jeanne d’arc et de pourquoi tu laisses Kévin apprendre les paroles de la marseillaise aux autres –ben oui, ça lui fait tellement plaisir, il a l’impression d’être un joueur de foot en demi-finale… Il met la main sur le cœur et tout ! C’est génial-

Bon, forcément aussi tu bois… Pour oublier… Finalement la seule chose que tu oublies c’est où tu as bien pu garer la bagnole… (Et puis ça tombe bien, comme tu as trop bu tu peux pas rentrer alors tu dors sur les banquettes du coin bibliothèque…)

Dimanche tu tousses. Et tu rentres chez toi avec les 32 cahiers de français, les 32 de maths et si t’as encore de la place dans le coffre tu en profites pour embarquer les classeurs de découverte du monde ! Les corrections commencent… Le stock de stylo rouge est sur le point de subir un énième génocide.

La première semaine :

Tu mets ton réveil vers 10 heures histoire de te motiver. Mais vu que tu as 39.2 de fièvre (rapport à toute cette pression qui retombe et rapport aux excès de samedi qui forcément n’ont pas aidé), bah t’es toute molle. Alors tu corriges pas vite, ou mal, tu fais des fautes dans tes appréciations… De 2 pages corrigées par minutes tu passes à une vitesse de croisière beaucoup plus trainante et donc tu galères comme pas possible… Et puis la motivation est difficile à conserver, alors tu te mets la pression et t’autorise 1h de pause entre chaque 2h de corrections, c’est raisonnable.

Parfois tu sors, parfois tu vois des gens qui te sourient ironiquement : « alors, ça va ? pas trop fatigué de tes congés ? » tu réponds pas….

Le second week-end :

Tu es presque venu à bout de ta grippe/trachéite/angine qui t’a tenu compagnie la première semaine, et tu te dis que c’est le moment de décrocher. Les corrections sont finies et toute la période à venir est déjà planifiée en fonction du nombre de semaines (ben oui parce qu’au début de l’année chaque professeur a une progression à suivre et qu’il l’organise comme il veut. Sauf que suivant les capacités des élèves on prend du retard ou de l’avance, ou finalement sur le terrain on aborde les choses dans un autre sens, parce que c’est plus logique, parce que ce groupe-classe là comprendra mieux de cette façon-là… Alors il faut reprendre à chaque vacances. Refaire le point sur où on en est, ce qu’ils ont acquis, ce qu’il reste, comment on peut l’aborder dans le temps qu’il nous reste… )

Donc ce week-end-là, tu profites ! et puis si t’es un peu fou dans ta tête, tu peux même caresser l’idée de profiter du lundi aussi… Pfiouuuuu, ça c’est une vraie prise de risque !!!

Parce que…

La deuxième semaine :

Tu sais que déjà tu es déjà à la bourre. Tu sais que tu as environ 5 tonnes et demi de boulot à préparer… Et putain qu’on doit se motiver pour s’y mettre : on doit recalculer l’emploi du temps en fonction du créneau piscine qui arrive, refaire les synthèses, préparer les fiches de prep les plus compliquées (histoire de s’avancer un peu), bosser les séquences, les séances, les exercices, rechercher sur les forums, sur les sites des autres instit’s des idées à mutualiser, des façons différentes et ludiques de faire découvrir la division à Maud qui n’a pas encore forcément compris que le double de 10 c’est 10+10, des images pour l’histoire, des expériences la main à la pâte pour les sciences, des idées pour le futur spectacle de la fête de l’école, de la différenciation, des exemples, des modèles d’arts visuel, des jeux en anglais, des cartes à remplir en géo, des façons pas trop rébarbatives de leur faire découvrir la musique du moyen âge… Etc… etc… etc… etc.

1h de présence devant la classe représente minimum le double de préparation à la maison. Voilà !

Le dernier vendredi des vacances, quand à 22h30 tu relèves le nez de ton pc et que tu te dis que t’as plus qu’un week-end et qu’il faut y retourner, ben tu es de nouveau bien bien fatigué.

Et si par un extrême masochisme, tu participes une nouvelle fois à ce dîner entre amis avec cette tête de nœud qui ose encore te balancer un : « alors ces deux semaines de glande, ça va ? Tranquille la vie à l’éduc nat ? », tu as soudain très très envie de lui proposer de participer à ta séances de travaux pratiques sur l’écartèlement au moyen-âge… Avec Kévin qui braillera hyper faux la marseillaise en fond sonore, ce sera probablement le meilleur moment de toute ton année !

 

*Ce billet a été écrit pour le merveilleux podcast de Canal108
Si vous voulez écouter ma douce voix, c’est là-bas que ça se passe !*

 

Et vous, vous travaillez durant vos vacances ?

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush... Dans notre monde, la réalité est bien différente !

15 Comments

  • fedora

    24 juin 2014 at 7 h 17 min Répondre

    venant d’une famille d’enseignants, ayant moi-même cette formation là à la base, franchement, je n’envie pas vos congés… je préfère mon boulot avec ces 6 semaines de vacances qu’enseigner : c’est une vocation, c’est difficile… moralement et parfois physiquement… à tous ceux qui disent que vous êtes continuellement en vacances, je réponds : « t’avais qu’à faire prof ! »

  • Ragnagna

    24 juin 2014 at 7 h 59 min Répondre

    Moi mes vacances se résument à semaine 1 fatiguée hiberne, semaine 2 se botte le cul pour profiter de mes 2 semaines annuelles en Bretagne, semaine 3 retour au boulot et déprime de la rentrée.
    Enfin cette année peut-être que cela sera différent, j’aurais peut-être un mois de vacances (mais pas le Chti), ça fera du bien et permettra de mettre au propre plein de choses où je suis en retard (album du mariage, courrier, emménagement, etc). Mais ça dépend du bon vouloir de mon patron, je saurais avec certitude la veille du jour X…

    Bref, on a tous nos croix mais au fond ça se vaut. Votre chance c’est de pouvoir travailler chez vous pour préparer vos cours, ce qui est un peu plus cool moins les 2h de trajet quotidien.

  • G33k

    24 juin 2014 at 9 h 40 min Répondre

    Ah l’éternelle débat… C’est difficile d’imaginer tout le travail fournit pas un prof si on ne le constate pas, je sais que ma soeur bosse comme une dingue (et elle radote aussi avec son histoire de 10 mois payé sur 12) et que comme toi, elle arrive sur les rotules en congé et que les seuls vacances dont elle profite, c’est l’été. Mais bon 2 mois… c’est quand même pas mal ;-)
    Pour ma part je n’ai que 5 semaines et 0 RTT. Quand aux 35h… la belle blague !!! Mon boulot est source de stress, ce qui fait que j’ai souvent envie de rien faire le soir ou le WE juste pour me reposer (ça fait raler à la maison d’ailleurs… mais elle commence à comprendre depuis peu). Pour autant, les vacances c’est sacré pour moi, je n’en profite pas trop pour me reposer, mais pour me changer les idées, loin si possible ! C’est mon repos intellectuel, le repos physique… ça sera plus tard :-D

  • mere pas parfaite

    24 juin 2014 at 8 h 53 min Répondre

    Lool
    Je travaillais avec des instits avant, et j’ai eu le loisir d’écouter et voir tout le boulot maison. Bah je sais que c’est pas d’la tarte, toute une organisation! Et pis oh, ya pas que les instits qui ont des vacances, les fonctionnaires aussi (j’en étais une) (on avait pas mal de congés). Bref, à bas les préjugés sur les profs!

  • AlexMamengagee

    24 juin 2014 at 11 h 45 min Répondre

    Je vois ça d’ici.
    La marraine de mon fils est prof en collège et ses vacances n’en sont absolument pas.
    Perso je vous envie juste les 2 mois d’été.
    Sinon le reste je vous le laisse. Parce que moi y a certains jours où j’ai pas du tout envie de bosser ni de parler aux gens, et bin je squatte mon ordi et je trainasse. Vous je ne pense pas que ça soit possible (kevin est là pour te rappeler à l’ordre sinon).
    Bisous

    • Agoaye

      25 juin 2014 at 20 h 33 min Répondre

      Avec une classe que je connais (l’année prochaine par exemple), les coup de mou seront plus facile à gérer.. En tant que remplaçante je ne pouvais pas me le permettre étant donné que les gamins testent en permanence !!

  • Wuagift

    24 juin 2014 at 14 h 16 min Répondre

    Travailler, c’est pénible… Point final (en ouvrant préalablement les parenthèses pour y mettre tous les commentaires pertinents que je n’ai pas eu le courage de mentionner sur le sujet)…

    • Agoaye

      25 juin 2014 at 20 h 34 min Répondre

      Voui, c’est vrai ! Mais quand c’est une passion ça peut m’être un peu moins :)

  • Marie Kléber

    24 juin 2014 at 13 h 33 min Répondre

    Je trouve les profs épatants. Ils en abattent du travail en une année quand même. Et comme ton article le montre bien, les vacances sont faites pour préparer les cours, corriger les copies. Je suis sûre que la moitié des personnes qui vous envient vos vacances ne se sont même pas posé la question de savoir si ils pourraient assurer l’enseignement d’une classe pendant plus d’1 semaine!!!

    • Agoaye

      25 juin 2014 at 20 h 33 min Répondre

      Moi j’aimerais bien un « vis ma vie » de prof :)))) Avec les ministres en cobayes :)

  • […] en revanche si votre oncle vous dit qu’en tant que prof vous êtes vraiment surpayée et que vos vacances ne sont pas mérités du tout, c’est p’tet juste que c’est un gros con… A […]

  • Vérité vraie | Blog Agoaye

    14 octobre 2014 at 7 h 01 min Répondre

    […] vrai de vrai : Pour les TBN je ne mentais pas, mais le premier qui touche à mes vacances je lui enfonce le vidéoproj’ dans le rectum… Nan, en vrai les rythmes il faut les […]

  • […] je sais, je vous avais déjà parlé des vacances de ces grosses feignasses de profs, et je vous avais déjà pointé du doigt que non, on ne faisait pas que partir à l’autre […]

  • […] ou au moins de donner une seconde vie aux choses que nous jetons habituellement. En tant que professeur des écoles, je suis bien placée pour enseigner l’économie des matières premières et donc la […]

  • […] Je ne vais pas en remettre une couche quand à la profusion de vacances dont nous, privilégiés nantis de l’Education Nationale, jouissons allègrement, j’ai déjà écrit là-dessus. […]

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