Même si tu me plais.

Je t’ai abordé parce qu’il le faut. Ben ouais maintenant je m’oblige à aller sur ce site, je me force à cliquer sur quelques photos, je mets un point d’honneur à envoyer un mail, au moins un.
Et ça toutes les semaines, au moins une fois, entre la fatigue et les sursauts cardiaques dont je suis victime quand je retombe sur les clichés de l’ex (putain il est toujours vivant ce con ?) ou l’ex-ex (putain il est toujours tout seul cet abruti ?).

Parce que moi aussi j’suis toujours vivante, et moi aussi j’suis toujours toute seule. Et conne, et abrutie… aussi.

Donc je t’ai abordé sans grande conviction, du bout de la souris, et j’ai tapoté quelques mots polis sans trop y croire. Déjà t’étais plus vieux que tous les autres (tu as mon âge), et ensuite avec ton unique photo de nuit et dans le brouillard, je ne pouvais pas trop mettre de charrues, ni trop de bœufs non plus.
J’avais juste vu des cheveux, ça m’avait suffit.
Ça me suffit souvent.

Et puis tu as été enthousiaste dans tes réponses (beaucoup plus que moi), et tu as commencé à un peu moins m’ennuyer (si, si, c’est déjà un progrès impressionnant).
On a pas parlé boulot, on a peu parlé famille, on a évité de parler d’amour… On s’est raconté nos nuits plutôt.

Moi je t’ai offerts quelques rêves (comme quoi tu vois, tu m’as suffisamment marqué pour que je rêve de toi) et tu t’es bien marré (comme la plupart des gens à qui je confie mes rêves…).
La même nuit tu m’as parlé de ton copain bourré qui ramène chez toi deux filles inconnues qui t’engueulent car tu n’avais ni drogue ni alcool à leur fournir.
Je me dis que tes rêves sont moins marrants que les miens.
Tu me dis que ce n’était pas un rêve.
J’ai pas trouvé ça très drôle.

Je t’avoue que là j’ai commencé à sentir mon intérêt diminuer un chouïa… Loin de moi l’idée de vouloir te juger (je jugerais plus aisément ton copain bourré s’il fallait accuser quelqu’un), mais disons qu’à mon âge (nos âges du coup), les amis qui s’invitent à 2 heures du mat’ c’est très rare… Enfin je ne sais pas mais chez moi en tout cas ça n’existe pas (ils ne s’invitent même pas à 2 heures de l’après-midi les miens… Bon, j’ai plus trop d’amis non plus…)

Tu l’as sans doute senti, alors tu t’es employé à raviver la flamme. Tu m’as dit que j’étais jolie sur les photos. Je t’ai remercié sans te croire (comme toujours). Tu as dû te dire que ça ne suffisait pas. Quand je m’éloigne on le sent, comme quand le soleil se cache (mais non c’est pas prétentieux… relis la parenthèse précédente).

J’ai donc reçu trois photos de toi inédites, par mms.
J’ai longtemps hésité avant de les regarder. J’avais peur. Je ne t’avais rien demandé et tu m’envoies trois clichés ?
Non, j’avais pas peur que ce soient des photos de ta bite, j’en ai vu d’autres (des bites comme des photos de bites), non non, je ne me sentais pas forcément prête.
Car aussi étrange que ça puisse paraître, certes je restais frileuse quelque part (rapport aux inconnues droguées, rapport au copain bourré, rapport au fait que tu me connais pas mais que tu me dis que je suis belle…) mais j’avais aussi une sorte d’affection sympathique qui me faisait attendre tes messages.
Je t’aimais bien encore, et j’avais peur que tu ne ressembles pas à ce que j’avais cru voir sur la photo de nuit et dans le brouillard.

Mais j’me suis dit j’m’en fous et j’ai ouvert les pièces jointes.

Pas de bite.

Une tête.

Une tête de blond (ok ok, chatain… si tu veux. Pour moi c’est pareil, t’es pas brun quoi. J’aime les bruns).
Des cheveux.
Une veste en jean (admettons…)
Des yeux assortis à la veste (encore des yeux bleus… pffff)
Un air pas commode mais un air qui me plait bien quand même (un jour, feu une copine m’avait dit que tous mes mecs avaient un petit air de repris de justice… c’est pas faux…)

Alors je t’ai répondu : « Vu comme ça tu me plais » et t’étais content.

La semaine qui a suivi a été remplie de petites attentions, des messages de bonne nuit avec des smileys à l’intérieur, des étoiles et des chatons. Des petits mots pour savoir comment a été la journée, des discussions sur le temps, la vie, les films.
Je n’osais plus te parler de tes nuits de peur de t’entendre raconter tes péripéties sociales, alcooliques ou désinhibées…

J’avais prévu de te rencontrer un week-end, pour un verre à Paris, on s’était dit que ce serait sympa.

Et puis en fin de compte je n’ai pas trop compris ce qui s’est passé… On ne s’était même pas encore vus que je ne te comprenais déjà plus.
Comme souvent il y a eu un caillou dans l’engrenage, et tu es soudain apparu très sûr de toi. Trop.

Il est probable que le fait que je te dise que tu me plaisais t’a incité à ne pas faire attention à tes paroles. Et d’un coup d’un seul tu t’es transformé en connard.
J’ai essayé de te prévenir, tu as continué, je t’ai bloqué.

Il est probable que d’ici quelques semaines je te renvoie un texto (parce que je t’ai bloqué sur le site mais pas par téléphone, si tu avais voulu me joindre tu aurais pu, mais tu n’as pas essayé), quand je m’ennuierai trop ou quand je retomberai sur ta photo au détour d’un clic et que je me dirais « ah oui, c’est vrai, y’avait lui aussi »…

Parce que même si tu me plais, la partie n’est pas gagnée.
On ne s’est jamais vus, je ne te connais pas et ok c’est bien beau de se dire qu’on est jolis mais c’est pas ça qui va faire naître des sentiments, « t’es beau » c’est pas une émotion.
Et puis quand on se verra si ça se trouve ce sera pire… Si ça se trouve on se détestera, tu me trouveras grosse et laide, et moi je découvrirai que ça sent le fennec dans ta bouche, on sait pas !!

Parce que même si te me plais après, quand on s’est vu et qu’on a baisé 2-3 fois, tout peut encore changer. (Parles-en à l’ex tiens… et puis demande lui ce qui a changé au passage, ça m’intéresse fortement).
On peut se rendre compte qu’on a finalement rien en commun à part l’orgasme simultané pendant la sodomie (oui c’est vrai que c’est déjà pas si mal, je te l’accorde), mais ça ne fait pas tout…

Parce que même si tu me plais et qu’on vit ensemble depuis 6 ans, notre vie peut toujours prendre un autre virage.
Tu te lasses, je me lasse, tu rencontres une plus jeune aux cheveux mauves (vu qu’apparemment t’aimes bien ça et que moi dans 6 ans je ne sais pas si je serai toujours dans le même trip), ou alors tu deviens con et raciste… Ben on se quittera.

Même si tu me plais…

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush... Dans notre monde, la réalité est bien différente !

14 Comments

  • Nath

    30 janvier 2017 at 19 h 02 min Répondre

    Je te sens tellement désabusée …c’en est triste . Regarde un clip de David Gareth plutôt

    • Agoaye

      30 janvier 2017 at 23 h 56 min Répondre

      Mouais…. Un autre jour peut-être. Tu sais quand on est au régime on fait un détour pour pas passer devant la vitrine du pâtissier hein

  • Stéphanie

    30 janvier 2017 at 22 h 16 min Répondre

    que de tristesse et/ou de fatalisme ma toute belle. Que de certitudes sur tes incertitudes….

    • Agoaye

      30 janvier 2017 at 23 h 55 min Répondre

      Oui, « et » c’est bien…
      Et on pourrait en ajouter plein d’autre.
      C’est pas grave, on va dire que mon temps est passé !

  • Isis

    30 janvier 2017 at 23 h 47 min Répondre

    Ce qu’il te manque, c’est le goût du risque ;-)
    Cf. dans Forrest Gump : « Maman disait toujours : La vie c’est comme une boîte de chocolats. On sait jamais sur quoi on va tomber. » Et pourtant, quand on est gourmand, on les croque quand même, les chocolats, même « ceux qui nous font peur ». Ben je crois que, dans la vie, c’est pareil : il faut oser la croquer, la vie, au risque de tomber sur un chocolat qu’on aime pas, parce que y’aura toujours au moins le craquant de l’extérieur du chocolat qui ravira nos papilles, ou bien simplement le plaisir d’ôter le papier, ou de respirer l’odeur du chocolat avant de le goûter…
    Mais tous ces plaisirs là, on ne les aura jamais, si on n’ose pas le prendre dans ses doigts, le chocolat.
    Et dans la vie, c’est pareil, à force de ne plus rien oser parce qu’on a peur des échecs, d’avoir mal (à juste titre souvent, bien sûr), on passe à côté de plein d’autres plaisirs, et c’est bien dommage.
    Ce n’est que mon avis, je ne juge pas, hein ;-)
    Et je suis mal placée pour, de toutes façons…
    Courage !

    • Agoaye

      30 janvier 2017 at 23 h 54 min Répondre

      Je comprends ce que tu veux dire, mais je pense que ce n’est pas une question de peur. J’ai osé, tellement et pendant si longtemps…
      Dans la vraie vie j’ai toujours été celle qui étonnait justement de par son audace, son impulsivité, ses passions. Feu mes amies me disaient toujours qu’elles ne pourraient jamais faire ce que je faisais, qu’elles avaient trop peur.
      Moi j’ai jamais eu peur de grand chose, je me suis souvent lancée en me foutant pas mal de là où j’atterrirais. J’étais à mi-chemin entre la Phoebe de Friends et la Samantha de Sex and the city.

      Donc peur non.

      Mais marre surtout.
      J’suis fatiguée, voilà tout. Je ne me lance plus parce qu’il faut de l’énergie, et de l’espoir aussi. Je n’ai plus ni l’un ni l’autre, si ça aurait dû marcher pour moi, c’était avant, maintenant je suis fanée, usée, j’ai plus envie, voilà tout.
      Et en face j’ai personne qui me motive, c’est ça aussi.

      • Isis

        31 janvier 2017 at 10 h 39 min Répondre

        Je comprends aussi ce que tu dis :-)
        De mon côté, je pensais plus à ta peur de t’ouvrir aux autres, pas à la peur éventuelle de faire des choses. Ce sont deux notions très différentes, il me semble.
        Mais encore une fois, je suis (très) mal placée pour donner des conseils à ce niveau-là !
        Si on ne s’ouvre pas, les autres ne peuvent pas nous atteindre, ni en mal, ni en bien.

        • Agoaye

          2 février 2017 at 19 h 12 min Répondre

          Ben encore sur ce plan ce n’est pas de la peur, mais du ras le bol…
          Je pense avoir fait ma part, c’est fini.

          P’tet que je vous ferai un billet qui liste tous mes échecs relationnels, là, vite fait et uniquement amoureux il y en a plus de 80.
          Et je ne compte pas ceux qui m’ont juste brisé le cœur sans m’avoir même galochée avant !

          Donc bon c’est juste que le désenchantement est mérité je crois

  • LaLutotale

    2 février 2017 at 10 h 09 min Répondre

    Comme ci billet m’attriste….
    Depuis des mois ( années ? ) que je te lis, je te sens évoluer…évoluer en t’enfermant dans une coquille. Je sais que tu es passée par des tas de relations pas épanouissantes et/ou décevantes. MAIS je sais aussi que je suis passée par là, que je pense avoir rencontré les 2 ou 3 connards les plus CONNARDS que la Terre ait porté, que c’était facile de glisser vers la perte d’espoir…Et que finalement Musclor a su entrer par la toute petite brèche que j’avais laissée ouverte.
    Il avait des défauts, il avait des problèmes. Mais je l’ai laissé entrer quand même.

    C’est sur ce dernier point que ton billet m’attriste. On sent dans tes écrits que tu n’es plus prête à la moindre « erreur » de la part d’un éventuel futur partenaire ( de vie ). Et ça vraiment, ça m’attriste parce que tu le croies ou non, je pense que l’homme qui saura te charmer et te garder aura bien de la chance, car tu es une belle personne.

    Dommage que beaucoup le voient, mais toi non.
    Et peut-être que tu as recalé une belle personne…
    Mais tu ne le sauras probablement jamais, car tu n’as plus envie de creuser.
    Je trouve ça tellement dommage…

    ( Et je t’aurais en face de moi que je t’aurais déjà filé un bon coup de pied au cul ! hahaha )

    La bise

    • Agoaye

      2 février 2017 at 18 h 46 min Répondre

      Eh bien figure-toi que le soir de l’écriture de ce billet, j’ai renvoyé un petit texto à ce garçon.
      J’ai été très correcte et je me suis fait littéralement insulter, mais vraiment…
      Comme quoi j’étais la dernière des connes, de mauvaise foi et carrément à côté de mes pompes.

      J’imagine que tu es pareille, mais il y a une grande part d’instinct dans mes décisions. Et le fait de l’avoir bloqué au moment où il a commencé à me parler comme une merde était la chose à faire, je l’avais senti quelque part que c’était un gros trou du cul.
      Mais comme une connasse j’ai voulu lui donner une deuxième chance (jamais plus, putain…. Je le fais rarement pourtant mais à chaque fois c’est une connerie monumentale, la deuxième chance n’existe pas dans la vraie vie) et je me suis mangé quelques heures de gros mal être.

      Donc j’apprends à me faire confiance en retombant le nez dans la merde quand je fais une exception. C’est plutôt ça qui est dommage moi je trouve

  • Trenty

    15 février 2017 at 16 h 59 min Répondre

    Bon, moi, je me demande ce qu’il a dit pour créer ce revirement.

    • Agoaye

      17 février 2017 at 19 h 15 min Répondre

      Que je ne semblais pas si intelligente que ça, que j’étais immature et qu’il en avait maintenant la preuve…
      Ce genre de trucs tombés d’on ne sait où

      • Trenty

        22 février 2017 at 10 h 42 min Répondre

        Ah ouai, pas mal le mec.

        • Agoaye

          26 février 2017 at 15 h 10 min Répondre

          Ouais, puis en plus il était limite baisable à y réfléchir. Je l’avais gardé en désespoir de cause

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