Sauvage mais pas trop quand même !

Jour 3

Je ne sais pas comment j’ai fait pour épuiser mon parrain mais j’y suis enfin arrivée ! Il était 10h30 lorsqu’il est venu prendre son petit déjeuner dans le salon où je dormais. Une grasse matinée presque digne de ce nom (si on ne tient pas compte des nombreux réveils à cause du pas de la voisine du dessus qui doit peser environ 467kg d’après mes estimations).

P’tit p’tit dej, p’tite toilette, p’tites amabilités d’usage et me voilà repartie à l’assaut des boîtes à livres du Loir et Cher.

La première adresse que j’avais m’a un peu dégoutée : la boîte n’était plus là, il ne restait que son support derrière un monceau d’ordures… j’ai décidé de ne pas croire en une superstition imbécile du genre « vu comme ça commence, ma journée est foutue c’est certain… » (ouais, ça m’arrive ce genre de façon de penser). M’enfin quand même, j’étais aigrie.

Le destin s’est chargé de mon cas en plaçant sur la minuscule route de campagne que j’empruntais un combiné hallucinant de tout ce que j’aime le plus lors de mes Road trip : une boîte imprévue, des arbres fruitiers dans l’espace public et des toilettes sèches ! Et tout ça réuni dans un seul et même endroit : le tout petit village de Pray. Quel kiff !

Je reviens enfin à Blois et je fais le tour des 4 boîtes placées dans des lieux assez hétéroclites : devant un hôpital, en plein centre historique, dans la cité et au port touristique… Et là je me pose la question importante des populations à qui s’adressent ces boîtes et surtout de ce que je vais choisir d’y mettre comme style de bouquins…

Il faut savoir que je suis partie avec un certain nombre d’ouvrages très différents : des romans, des livres pour enfants, des manuels scolaires, des beaux livres et des Harlequin… Lors de mes visites, je mets un point d’honneur à poser autant de livres que je prends, mais pas forcément dans la même boîte ! Je m’explique : imaginons que je visite 3 boîtes en une journée, la première est pleine à craquer, je la range (toujours) et je repère 4 livres que j’aimerais lire, je les prends mais n’en pose aucun. La seconde boîte est bien fournie mais sans plus, je prends X livres et j’en remets X. La dernière boîte est complètement vide : j’y pose 4 livres (afin d’équilibrer mon crédit de la première boîte !!).

Et aujourd’hui, c’est ce qui est arrivé : la boîte de la cité était pleine à craquer, celle de l’hosto moins et celle du centre était vide. J’ai posé Guy Gilbert prêtre ouvrier dans la première, deux Harlequin dans la seconde et 3 beaux livres dans la dernière. Et puis j’ai réfléchi… pas à la répartition… non, mais aux thèmes ! Je me suis vraiment demandé si j’avais bien fait de vouloir coller au « style » de la boîte ! Pourquoi les bourgeois du centre ville n’ont-ils pas eu du Maud Marin ou du « moi Christiane F » ??? Pourquoi j’ai pas mis du Beigbeder aux petits vieux de la boîte de l’hôpital (en plus ils parlaient de fumer du shit, je les ai entendus !!! Véridique :)) et pourquoi j’ai pas mis mon super bouquin/fiches/quizz tout neuf sur le réchauffement climatique dans la boîte de la cité ???

Je pense que je réfléchirai plus les prochaines fois (en tous cas j’ai mis « 10 conseils pour monter son circuit de train miniature » dans la ville natale de Denis Papin, ça m’a fait sourire :)

Message personnel : si tu es le chevelu qui se baladait ce jour au port de la Creusille (Blois) et que tu as souri à une nana qui a baissé immédiatement la tête et s’est planquée derrière la portière d’une C3 noire, sache qu’il y a eu erreur de communication : je veux bien boire un verre / baiser un coup / me marier et porter tes enfants (au choix)

Après Blois, l’heure avait bien tourné et la fatigue pointait le bout de son nez, j’ai donc commencé à prospecter pour un camping et j’ai vite senti que ce serait difficile. Les campings croisés étaient trop chers (je me donne 30€ par jour pour manger/dormir/mettre de l’essence) ou ne prenaient pas les chèques vacances. Je commençais doucement à me préparer à l’idée de dormir (mal) dans la voiture.

Et puis une once d’espoir est revenue lorsque j’ai trouvé sur le net un camping municipal à 1€50 derrière la forêt de Cheverny. Bingo, je change mon cap et profite de la beauté du bois au soleil couchant.

Et là, je vous le donne en mille, en dix-mille ou même en vingt-quatre-millions : plus de camping ! Kaput ! Fermé ! En friche ! À l’abandon ! Je suis dégoutée et me demande quoi faire… Je dors là ? Dans ma voiture ?

Le coin est calme, il y a un étang, aucune grande route à l’horizon… Je décide d’aller voir feu le camping d’un peu plus près : le portail est ouvert, j’entre, je regarde un peu partout, je repère un coin reculé presque invisible du dehors. Je me dis pourquoi pas ?

Mais vous savez moi je suis une gentille fille, je respecte les règles en général et là ce serait carrément de la violation de propriété ! Du coup j’hésite… mais j’ai très très envie de lancer ma tente (Queshua power) et de pouvoir allonger mes jambes pour dormir ! Et puis je vais vous confesser autre chose : je n’ai jamais fait de camping sauvage de ma vie (sauf en colo mais ça comptait pas, il y avait les monos), et je ne suis pas très chaude… autant j’ai mes moments où je suis comme Dora (une exploratrice), autant un bon emplacement payé entre un hollandais en short et un couple de bidochons obèses ça me convient très bien aussi !!!

J’ai passé près de 2 heures à peser le pour et le contre, à observer les environs (= rien), à écouter les bruits (= un chien enroué au loin, un arroseur à maïs sur le toit en tôle d’une grange, des oiseaux qui font les cons dans les pins, deux trois canards) et à imaginer des scenarii improbables (et si y’a le feu ? Et si les gendarmes m’embarquent ? Et si des jeunes shootés à la colle veulent venir faire une rave ? Et si y’a un lynx, un ours, ou pire : des tiques ? Et si demain je me retrouve enfermée dedans, le portail cadenassé ? Et si il a fermé à cause d’un horrible meurtre et que je plante mes sardines dans l’orbite de la victime ? Et si…)…

Et puis j’ai avancé la voiture, ouvert le portail, rentré la voiture, refermé le portail, remis les herbes droites derrière le portail, caché la voiture dans le coin, été courir dans les hautes herbes pour effacer mes traces de pneus et ai pris une photo assez amusante d’un camping désaffecté et moi, au fond, seule au monde.

Et la vie a repris son cours comme si de rien n’était… j’ai installé ma toile, j’ai fait les comptes et j’ai mangé. Je me suis même douchée, de nuit et derrière ma portière. On verra si demain je pourrai sortir de là :)

Chiffres du jour : 125km, 12 boîtes référencées, 25 livres échangés, 40,66€ dépensés (j’ai fait un demi-plein à une pompe pas chère)

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Published by Agoaye

Dans un univers parfait, Agoaye aurait Hugh Jackman pour boyfriend, un budget informatique/nouvelles technologies illimité et une carte haute-fidélité chez Lush... Dans notre monde, la réalité est bien différente !

6 Comments

  • Guillemette

    16 août 2018 at 4 h 31 min Répondre

    L’aventure ! :D

    Bonne continuation, et bonne réflexion pour la répartition des livres !

    (Lol pour le chevelu…)

  • Lenora Von Cherry

    16 août 2018 at 7 h 01 min Répondre

    #PassionToilettesSèches !
    Nan, je me moque pas, j’adhère totalement.
    Bon, sinon, tu es vivante ? Comment s’est passé ta nuit ?
    Bravo pour avoir osé, je pense que la trouille de l’individu indésirable et potentiellement agressif aurait pris le pas sur mon envie d’allonger mes jambes. Mais bon… J’suis une flipette, moi !!!

    • Agoaye

      16 août 2018 at 20 h 20 min Répondre

      Eh bien tu vois, j’ai moins peur de l’individu indésirable que du représentant de la loi moi. J’aime tellement pas avoir tord ou être en tord !!

  • Fabignou

    16 août 2018 at 8 h 58 min Répondre

    Chouette journée !
    J’adore faire du camping sauvage, on en faisait beaucoup quand on partait en randonnée avec mon père, mes oncles, tantes et cousins. Le meilleur c’est quand on trouvait un coin près d’un ruisseau : dormir avec le bruit de l’eau, se réveiller en se trempant dans l’eau glacée… Le plus galère dans ces randos, c’était l’approvisionnement : les épiceries des bleds qui avaient fermé, ou les camions itinérants qui avaient changé leur jour de passage. Je ne sais même pas comment faisait mon père pour trouver ces infos quand internet n’existait pas !

    • Agoaye

      16 août 2018 at 20 h 24 min Répondre

      Eh bien tu vois moi j’ai flippé pour rien au matin (cf mon billet d’aujourd’hui). Je n’ai pas dû être suffisamment bien initiée, comme toi.
      Tes souvenirs sont extraordinaires, tu as de la chance !

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