Séropram vs Agoaye.


Ma vie de grande malade / mardi, juin 11th, 2013

Vous savez quoi ? Dans une dépression, les périodes de détresse intense sont alternées avec les périodes de quasi-hilarité… Je vous ai déjà assez gonflé avec la détresse, alors là je vais d’un coup vous paraître plus légère, détachée, voire ironique… Mais en fait c’est une sorte d’exorcisme aussi…

Laissez-moi vous raconter mes dernières heures :

Lundi 13:30

J’ai tenu la matinée sans pleurer devant les gamins, mais là, je n’en peux vraiment plus. Ma directrice me conseille de partir, d’aller voir le médecin tout de suite.

Lundi 15:00

Je me suis enfin décidée… Je dis oui aux antidépresseurs pour la première fois de ma vie, faut dire que je me bats depuis un bail, que dans le passé j’ai toujours tout surmonté (même un harcèlement) mais que là, je suis en dépression depuis janvier et que les merdes semblent ne pas vouloir cesser de me tomber sur le coin de la gueule (Dans la famille « merdes pour Agoaye », il me manque juste les cartes « viol » et « accident de la route » !!)

Lundi 19:00

J’ai voulu attendre mon meilleur pote pour prendre le cacheton, et ensemble nous lisons la notice (en format 21×29,7 police 4) répertoriant tous les effets secondaires. Diarrhée ? ahahahha, c’est pas grave je l’ai déjà. Angoisse ? ahahah, c’est le comble pour un anti-dépresseur. Fourmillement ?? ahahah c’est de l’effet secondaire de tapette ça. Baisse de tension ? ahahahhaha, c’est courant les baisses de tension d’façons.

Bref, je ne suis pas inquiète (non, j’vous jure)

Lundi 23:50

Je raccompagne mon pote. J’ai la nausée un peu, mais bon, elle aussi a été comme ma meilleure copine durant ces dernières semaines, donc je ne m’inquiète pas.

Mardi 01:20

Après une dernière clope dans mon jardin avec mon hérisson (ouais, je vous raconterai), je rentre chez moi, me mets au lit, je suis crevée quand même !

Mardi 05:10

J’ai eu la même chanson toute la nuit dans la tête, en boucle… Et puis j’ai bougé, et puis je transpire… La vache, j’ai vachement envie d’aller aux toilettes. Je me lève et y vais.

Et là, c’est le drame… D’un coup d’un seul, assise sur la cuvette, voilà une sensation de fourmillements froids (attention, pas des frissons) qui part de mes mains et qui s’étend dans mes bras, mes épaules, mon torse, jusqu’à mon cœur qui (forcément…) commence à battre beaucoup plus vite.

Et là je vous informe tout de même : je n’ai jamais fait de malaise de ma vie, jamais perdu le contrôle, je ne sais donc pas ce que c’est et là de suite j’ai eu super peur !

Mardi 05:20

Sortie des toilettes et écroulement un peu contrôlé dans les franges du tapis du salon… Le malaise persistait, en plus d’une grosse grosse baisse de tension (genre perte de la vue durant facile 5 secondes). C’était le corps qui flanchait là, l’esprit, lui il tournait à plein régime… Je me suis demandé qui me trouverait et quand si je restais inanimée à poil dans le salon, comment faire pour arriver jusqu’à mon portable dans la chambre (parce que là franchement c’était juste inespéré de pouvoir bouger), si je devais appeler ma mère ou les pompiers en premier, comment j’allais faire pour enlever la chaîne de sécurité à ma porte d’entrée et enfin comment je pourrais un minimum m’habiller dans le cas où quelqu’un viendrait…

Voyez ! Efficace le cerveau quand même !!

Mardi 5:30

J’ai décidé de faire comme quand je partais en badtrip quand je fumais étant jeune, c’est à dire me concentrer vraiment beaucoup sur des choses agréables… Alors il me semble que je suis allée jusqu’à mon lit à quatre pattes mais en me caressant la joue avec mon épaule, genre geste réconfortant voyez…

Mardi 5:40

J’appelle le 112. Un pompier m’explique que c’est normal ! Il ne me rassure que peu. En même temps, j’ai un peu oublié de lui dire que je n’arrivais plus à sentir mes jambes, mais que je savais que mes pieds étaient en sueur (sensation très désagréable au demeurant). Il me dit que je n’aurais pas dû me lever et qu’en restant au lit ça passerait très rapidement.

Mardi 6:30

Je suis en train de me demander si par hasard je ne vais pas mourir ! Ma mission durant cette dernière heure, a été d’aller chercher un seau, à 4 pattes ou presque, dans ma salle de bain, puis de retourner au lit (heureusement que je n’habite pas un F5 duplex !) Mais les effets ne passent pas et la nausée s’est invitée à la petite party (d’où le seau…).

On récapitule ? pour le fun… Fourmillement, rythme cardiaque élevé, tremblements, baisse de tension, faiblesse des membres inférieurs, nausée, diarrhée, bouche aride, mouvements difficiles à contrôler…

Je rappelle le 112. Cette fois on prend mon adresse et on me passe un médecin du samu. Non, en effet c’est pas normal, mais je présente tous les effets secondaires les plus fréquents : TOUS ! c’est rare de les avoir tous, me dit-il, et malheureusement il n’y a pas de remède, faut attendre que ça passe… Genre dans 12 heures !

Mardi 6:40

Je vis un putain de calvaire qui semble ne pas vouloir s’arrêter du tout, j’appelle Môm, après tout c’est une urgence. Je la réveille et elle va venir.

Mardi 7:30

Je suis au milieu d’un nuage de « je te l’avais dit », « après tout tu as le droit de faire tes propres expériences, mais bon… », et de « et puis t’as lu la notice, fallait pas, du coup les trucs tu te les crées encore plus »… C’était pas le moment mais je ne lui en ai pas voulu, elle a eu peur, et puis elle était là !

Bon après je ne lui en ai pas voulu non plus quand elle est partie travailler une demi-heure après !!

Mardi 9:00

Les nausées sont terminées, mais je ne tiens toujours pas debout sans me tenir aux meubles (note à moi-même : acheter plus de meubles !). Les fourmillements sont en passe de disparaître je crois, maintenant ça ne me fait plus que comme de minis décharges électriques quand je touche des choses. C’est nettement moins pire !

Mardi 9:50

J’me dis que je suis sortie d’affaire et je décide d’aller fumer une cigarette dans le bureau (note à moi-même : éviter de se tenir au dossier d’une chaise de bureau qui roule, et pour cause : elle roule !). Je suis prudente et fume doucement. Une corneille se pose sur mon toit et discute avec moi… Elle me rassure en quelque sorte.

Mardi 10:00

Le médecin qui m’a prescrit le médoc me rappelle paniquée après le message que je lui ai laissé… Elle veut me filer des gouttes maintenant. Elle est folle elle ? Moi je prends plus rien là… Je me sens comme une rescapée chimique, c’est fini !

 

Tout a presque disparu à présent… Je n’ai rien exagéré, c’est exactement comme ça que les choses se sont passées… J’ai eu la trouille de ma vie, et je pense vraiment pouvoir dire que ça a été le pire moment que j’aie jamais vécu…

Ce que j’ai vécu s’appelle un choc sérotoninergique !

Alors forcément, y’a pire, je le sais. Mais j’essaye aussi de saisir l’occasion en me disant que ça va p’tet mettre un coup de pied au cul à ma dépression. Parce que bon, manifestement je ne peux pas prendre de médicaments ! :)

Encore une fois : merci à toutes pour vos comms, ici ou sur HC. J’vous réponds pas ou presque alors vous avez l’impression que c’est sans effet ? Bah c’est pas vrai, vous me soutenez vachement :)
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18 réponses à « Séropram vs Agoaye. »

  1. Au printemps j’en ai pris aussi alors que je m’y étais toujours refusé. Et j’ai eu plein de super effets secondaires, genre amorphe la journée et hyper excitée avec acceleration du rythme cardiaque la nuit, bouffées de chaleur, etc. J’ai tellement flippé que j’ai arrêté de moi-même au bout de quelques jours. Mais il paraît que c’est fréquent qu’il faut tester plusieurs anti-dépresseurs avant de trouver le bon. Perso j’étais si mal que j’ai pas voulu attendre.
    C’est flippant ce qu’il t’est arrivé n’empêche :(

    1. Après, j’ai trouvé un autre truc pour les moments où je suis au plus bas : ça s’appelle le Saphren et c’est fait avec du safran (donc ça coûte un bras) mais ça a les mêmes indications que le lexomil et ça n’a aucun effet secondaire ! Ca marche vraiment bien pour les épisodes dépressifs, je l’ai adopté (même si en ce moment je n’en ai pas trop besoin) mais si t’as besoin, je t’ai filé le tuyau :)

  2. j’ai du passer par seroplex pendant presqu’un an, un jour j’ai jeté la plaquette dans la foret, oui je sais pas écolo,mais en quelques jours je suis redevenue moi ! et sans medocs, j’ai avancé, sans ces visites mensuelles chez le psy, j’ai reussi, juste avec la présence des miens, ma façon de me regarder dans le miroir et quelques billets et changements sur mon blog ;)

  3. […] Cinquième semaine de lutte anti-dépression… Plus que 7. Et cette fois j’ai pris le taureau par les cornes, une nouvelle méthode s’ajoute aux autres. Je résume : j’ai décidé de partager ici chaque mercredi mes actions afin de lutter contre ma dépression sans médicaments allopathiques car j’ai déjà été victime d’un choc sérotoninergique (vous pouvez aller lire mon billet sur le sujet). […]

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