Un petit bout de canapé


Ma vie de hippie, Ma vie en général / lundi, avril 22nd, 2019

Connaissez-vous le Couchsurfing ? Il s’agit d’un moyen d’héberger ou de se faire héberger, gratuitement, chez des gens inconnus dans le monde entier.

Lorsque je bossais dans les trains et que j’avais des nuits d’escale un peu partout aux gares terminus (oui, j’ai fait ça aussi dans ma vie… J’ai eu environ deux millions de boulots avant de devenir prof), je me servais bien souvent de ce système et j’y ai fait des rencontres toujours fascinantes.

Mais j’ai aussi hébergé des couchsurfeurs et leur ai prêté quelques jours un petit bout de mon canapé. L’un d’entre eux reste fixé dans mon souvenir… C’était en septembre 2015, laissez-moi vous le raconter…


Ma collègue me regarde avec les yeux aussi grands que ceux d’un lémurien de Madagascar

– Tu veux que je vienne chez toi pour bouffer la tortilla d’un espagnol inconnu ?

Quatre ou cinq paires d’yeux d’autres collègues attendant le bip du micro-onde de la salle des maîtres se tournent vers nous, alertés par le volume sonore d’ex-BestCo qui a toujours tendance à augmenter un peu lorsqu’elle est surprise.

– Euh… oui, enfin dit comme ça c’est une proposition qui ressemble beaucoup à un scénario de film porno à petit budget…
Je te propose juste de passer à l’appart si tu veux profiter de l’occasion, il s’appelle… euh… Ernesto je crois, ou peut-être Enrique et il m’a dit qu’il ferait les courses et me préparerait une vraie tortilla comme là-bas. Ça pourrait être sympa, non ?

La fourchette de ma collègue, stoppée à mi-chemin entre la boite Tupperware et sa bouche commence à perdre petit à petit les morceaux de carotte râpée qu’elle contenait juste avant ma proposition.

– Mais tu ne connais même pas son nom ?

– Bien sûr que siiiiii… En tous cas ça commence sûrement par un E, c’est déjà une belle information non ?… Et ça a une consonance espagnole… Normal vu qu’il est espagnol… ou peut-être argentin !

– Mais c’est qui ce mec ? Tu ne lui as jamais parlé avant et tu le laisses débarquer chez toi comme ça ?

Ex-BestCo repose sa fourchette et tous les autres collègues à présent assis autour de nous assistent à la scène en picorant distraitement leurs repas de midi.

– Rho mais ça va, c’est un gars qui voyage et il avait besoin de faire une étape avant de s’envoler demain pour le Pérou… ou le Paraguay… je ne sais plus, un pays en P en tous cas…
Alors il m’a envoyé une demande, puis plusieurs mails et on a prévu ça, c’est tout. C’est le principe du couchsurfing, tu ne connais pas ?
Je lui ai laissé les clefs sous le paillasson et….

Cette fois c’est une autre collègue qui manque de s’étouffer avec son verre d’eau en voulant me couper la parole

– Pffff, tu lui as laissé les clefs ? Mais… mais…. Mais…. T’as pas peur ?

Je sais que je n’aurai pas le temps d’expliquer ma vision du monde à mes collègues et concitoyens qui me regardent comme une bête curieuse pendant la pause méridienne (le temps du midi en langage de prof), en hallucinant quant à ma façon de vivre.

Alors, comme toujours, je souris poliment et me contente de réponses courtes, aimables et les plus naturelles possibles. Je suis un peu leur attraction quotidienne à tous ces adultes coincés dans leurs vies toutes pleines de responsabilités assommantes, et je me plie bien volontiers à leur désirs de vivre de folles aventures par procuration en écoutant les miennes.

Ex-BestCo, elle, est encore jeune, et je me dis qu’à son âge, je peux peut-être l’embarquer dans deux ou trois escapades hors de sa zone de confort habituelle, là où les choses deviennent intéressantes à mon sens, dévoilant alors des moments durant lesquelles la vie se révèle réellement.
Ma proposition de tortilla fait partie de ce plan, pour commencer en douceur. Non pas que je ne n’aie pas envie de me retrouver en tête à tête avec l’espagnol, mais je me suis dit qu’elle pourrait apprécier l’idée, et puis communiquer aussi car elle parle la langue et pas moi.
Si elle refuse ce ne sera pas grave, je me débrouillerai bien en anglais et en signes avec les mains.

Lorsque nous entrons dans mon nouvel appartement, ma collègue et moi trébuchons sur le gros sac à dos de mon squatteur de canapé. Il avait pris possession des lieux et, au bruit, était manifestement en train d’utiliser la douche.

– Ah mais carrément, il fait comme chez lui le gars !

– Heureusement ! Il revient de je ne sais où et je préfère autant qu’il se mette à l’aise… Ce serait chiant sinon. Tu vas voir, on va passer une bonne soirée !!

Et ce fut le cas.
Le diner était parfait, je me suis occupée de la salade tandis qu’il se chargeait de la tortilla. Je n’en avais jamais goûté et me suis promis de ne jamais en manger d’autre s’il ne s’agissait pas d’une authentique comme celle de ce soir-là, cuisinée par un vrai connaisseur.
Nous avons également beaucoup ri lorsque ma pote s’est rendue compte que son espagnol était sans doute un peu rouillé, voire complétement incompréhensible pour notre pauvre hôte. Il a fallu qu’elle bouge beaucoup ses mains.

A la fin du repas, j’observais avec tendresse Ex-BestCo se laisser aller à communiquer avec ce garçon que ni elle ni moi ne connaissions vraiment, et je me disais que c’était exactement le genre de moments que j’avais imaginé lorsque auparavant je pensais à mon futur lieu de vie, au cocon que je désirais construire pour héberger ma vie d’adulte.


Si vous aussi vous voulez vous lancer dans l’aventure du Couchsurfing, il y a un site, très bien fichu (mais en anglais) que je vous invite à aller mater.

Et vous ? Vous faites dormir des inconnus sur vos canapés ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

7 réponses à « Un petit bout de canapé »

  1. Je connais, ouais.
    De là à le faire, ça m’étonnerait.
    J’ai aussi un peu la mentalité vieux con de tes collègues, j’aurais un peu peur que ce soit des gens chelous (même si je me doute que les gens comme ça sont vite signalés et bloqués par le site). Et puis, le fait que je sois asocial au possible et pas très maniaque sur la propreté ne m’encourage pas vraiment à tester.

    Mais j’suis persuadé qu’on peut rencontrer des gens très sympas, si on s’en donne les moyens. :)

  2. Déjà fait oui surtout dans des sortis tardives sans bus ni transports. Ce sont toujours de bonnes expériences.
    Souvenirs de marins bresiliens qui n’avaient pas pris de bain depuis plusieurs mois !!
    Au fait un inconnu en normandie pendant tes vacances ca se tente non ? :)

    1. C’est quelque chose qui peut faire peur, je le conçois. Mais par exemple pour moi héberger quelqu’un sur mon canapé alors que je suis là est beaucoup plus facile que de louer mon appart à des inconnus comme dans AirBnb par exemple !

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